Tout ce qui vit a sa place dans la chaîne du vivant, moustiques compris

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Tout ce qui vit a sa place dans la chaîne du vivant, moustiques compris.

Sans quoi la perte de la biodiversité mène vers des maladies transmissibles aux humains.

Je n’aurais jamais pensé défendre les moustiques et les mouches noires un jour, mais à voir aller les choses, faut bien le faire.

Les moustiques éliminés seront inévitablement remplacés par d’autres insectes qui risquent de ne pas toujours être à l’avantage des humains. Pouvons-nous prendre ce risque?

Selon la Dre Ducrocq de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), «si on diminue le nombre de moustiques, d’autres moustiques pourraient prendre leur place. Il peut y avoir un mécanisme de compensation qui fait qu’on n’est pas capable de démontrer que l’utilisation de larvicide réduit le nombre de cas humains de Virus du Nil occidental (VNO)», ce qui, au final, pourrait devenir un problème de santé publique.

Comme d’autres épidémies majeures, la COVID-19 n’est pas sans rapport avec la crise de la biodiversité et du climat (perte des habitats naturels, déforestation, urbanisation, déséquilibre dans la chaîne alimentaire).

Comme Boucar Diouf l’explique en entrevue à Radio-Canada, «les virus sont des agents d’équilibre de la biodiversité. Ce sont des agents d’équilibre dans la boucle microbienne». Il nous dit que les virus s’attaquent aux plus forts pour rééquilibrer la biodiversité que nous humains cherchons à contrôler et à soumettre. «De temps en temps, les virus nous servent un avertissement pour nous rappeler que ce n’est pas bien de se prendre pour le nombril du monde.»

Le moustique rend des services écosystémiques. Ils jouent un rôle dans la chaîne alimentaire, car il nourrit les insectivores comme les oiseaux, les batraciens, les poissons, les libellules, etc. Les adultes mâles et femelles se nourrissant de nectar de fleurs, ils participent à la pollinisation des plantes, au même titre que les autres mouches, que les papillons ou les abeilles, les guêpes, les fourmis et les frelons.

Certaines larves, représentant parfois une part importante de la biomasse des écosystèmes aquatiques, filtrent jusqu’à deux litres par jour en se nourrissant de micro-organismes et déchets organiques. Elles participent donc à la bioépuration des eaux marécageuses et, par leurs cadavres ou leurs déjections, rendent des éléments indispensables à la croissance des plantes, tel l’azote.

On a tendance à oublier le lien entre la perte de la biodiversité et les maladies infectieuses. Selon la Dre Maria Neira, directrice du Département Santé publique, déterminants sociaux et environnementaux de la santé de l’OMS: «Nombre des défis auxquels nous sommes confrontés actuellement en matière de santé publique, notamment les maladies infectieuses, la malnutrition et les maladies non transmissibles, sont liés au déclin de la biodiversité et des écosystèmes.»

Hubert Reeves, précurseur et visionnaire, nous dit de prendre conscience de la totale interdépendance de tous les êtres vivants sur la Terre. Il est inquiet pour les libellules qui ont un effet sur un autre animal, puis sur un autre, puis sur un autre. Tout est interrelié. La Terre est un espace de vie commune où tous les éléments sont indispensables et nous sommes en train de tout détruire. Les insectes, les oiseaux, les vers de terre pour la fertilité des sols et de l’eau. De vouloir soumettre la nature mène l’humanité à sa propre catastrophe. Notre civilisation joue avec le feu en continuant d’appauvrir la biodiversité et de dérégler le climat.

Sauver les moustiques et les mouches noires ne suffira pas à sauver la biodiversité, mais ce serait assurément un commencement important, alors que la pulvérisation de cet insecticide est inutile à la survie humaine au Québec et pourrait être facilement abandonnée, une décision facile à prendre et accessible aux municipalités.

Christiane Bernier

Trois-Rivières