Depuis le début de la pandémie, de nombreux Canadiens ont passé des mois à travailler à domicile, probablement pour la première fois.
Depuis le début de la pandémie, de nombreux Canadiens ont passé des mois à travailler à domicile, probablement pour la première fois.

Télétravail au Québec: la société distincte

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Le Nouvelliste
OPINIONS / L’auteur, Sylvain Charlebois, est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie et directeur du Laboratoire de recherche en Sciences analytiques agroalimentaires.

Depuis le début de la pandémie, de nombreux Canadiens ont passé des mois à travailler à domicile, probablement pour la première fois. Des rapports récents indiquent que beaucoup envisagent de travailler à domicile plus souvent, même une fois la pandémie terminée. Le laboratoire d’analyse agroalimentaire de l’Université Dalhousie vient tout juste de terminer une enquête nationale très complète pour évaluer combien de Canadiens envisagent de changer leur mode de vie pour passer plus de temps à travailler à la maison. Au total, 10 851 Canadiens ont été interrogés à la fin juillet sur le télétravail et à la nourriture. Mais à la lumière des résultats, il est incroyable à quel point le Québec se démarque.

Dans un premier temps, 23,6 % des Canadiens ont l’intention de travailler plus souvent à la maison d’ici un an, bien que de nombreux Canadiens ne le sachent pas (18,4 %) ou ne sachent pas ce qu’ils feront dans un an (22 %). La Belle Province a le pourcentage le plus élevé avec 28,9 % des gens interrogés qui disent vouloir travailler plus souvent à domicile. L’Ontario arrive en deuxième avec 24,8 %. Les milléniaux (1981-1996) ont le pourcentage le plus élevé avec 25,3 %. Parmi le groupe qui a répondu oui, 20,6 % ont dit qu’ils travailleraient à domicile à temps plein. Encore une fois, parmi les personnes qui ont l’intention de travailler à domicile, 57 % prévoient de dépenser moins au restaurant en raison du travail à domicile. Le taux le plus élevé au pays se retrouve encore une fois au Québec, avec 59 %.

Au total, 36,4 % des gens sondés ont admis qu’ils aimaient travailler à domicile plus que prévu avant la pandémie. Le taux de satisfaction le plus élevé a été mesuré au Québec, avec 38,5 %.

Avant la pandémie, 36,8 % des personnes interrogées au Canada allaient au restaurant pour un repas ou une pause au moins deux fois par semaine. Ce nombre descend à 23,3 % lorsqu’on les interroge sur leurs intentions lorsque la pandémie sera terminée. Il s’agit d’une baisse importante de 36,6 % des personnes qui ont l’intention de se rendre au restaurant au moins deux fois par semaine pendant la semaine de travail. C’est énorme. Cependant, les chiffres montrent que davantage de personnes sont prêtes à aller au restaurant une fois par semaine seulement après la pandémie (76,7 % après contre 63,2 % avant).

Lorsqu’ils sont interrogés au sujet des employeurs, 21,7 % des gens ont déclaré que leur employeur envisage de permettre au personnel de travailler à domicile plus souvent. Le taux le plus élevé est au Québec, avec 26,5 %. Fait intéressant, parmi les gens interrogés dont l’employeur envisage d’autoriser le personnel à faire du télétravail, 35,1 % ont l’intention de déménager d’ici un an. Parmi les personnes interrogées qui ont déclaré que leur employeur envisageait de permettre à un plus grand nombre de personnes de travailler à domicile, 52,9 % ont l’intention de le faire de manière permanente. Parmi ces mêmes personnes, 70,1 % ont l’intention de consacrer beaucoup moins de temps et d’argent au restaurant.

Au total, 10,7 % des gens sondés envisagent de déménager depuis que le télétravail est possible. Le taux le plus élevé est au Québec, avec 14,1 %. Parmi le groupe de la génération Z, 17,4 % songent à déménager en raison de la possibilité de faire du télétravail, le taux le plus élevé de toutes les générations.

L’impact financier d’un plus grand nombre de personnes travaillant à domicile, et potentiellement de nombreux noyaux urbains extérieurs, sur l’industrie alimentaire sera considérable. Avant la pandémie, le ratio alimentaire au détail / restauration était de 59/41. Selon Statistique Canada, les ventes mensuelles au détail de produits alimentaires au Canada ont été d’environ 7,7 milliards de dollars, contre 5,3 milliards de dollars pour les services alimentaires. En mai 2020, le dernier mois avant la réouverture des restaurants, le ratio est passé à 91/9, le commerce alimentaire au détail générant 7,8 milliards de dollars de ventes en mai 2020 contre 891 millions de dollars pour la restauration.

Sur la base des chiffres générés par l’enquête et les résultats de ventes jusqu’à présent cette année, nous nous attendons à un ratio des ventes au détail / restauration de 70/30 d’ici juillet 2021. Bien que l’avenir soit perturbé par des incertitudes, cela peut représenter pour l’industrie du tourisme réceptif une perte allant jusqu’à 20 milliards de dollars pour toute l’année. 20 milliards, un coup dur pour le secteur.

Pour en rajouter, l’automne s’annonce particulièrement difficile pour le secteur. Plusieurs survivront, mais il est grand temps de lancer un programme qui incitera les consommateurs à profiter de nos bons restaurants, en toute sécurité. Durant le mois d’août, le gouvernement Britannique offre des rabais à ses citoyens qui désirent visiter pubs et restaurants, du lundi au mercredi, durant le mois estival. Une idée intéressante pour le Canada, surtout maintenant.