Les auteurs de cette lettre exposent leur désaccord à la conversion de l’urgence de Cloutier-du-Rivage en clinique de proximité multidisciplinaire.

Symptôme d’un système malade

OPINIONS / Les auteurs, Valérie Delage et Steven Roy Cullen, sont porte-paroles de Québec solidaire Mauricie.

La fermeture prochaine de l’urgence de l’hôpital Cloutier-du Rivage n’est qu’un symptôme de plus de la maladie affligeant notre réseau de santé publique. On pourrait même qualifier cette maladie de trouble obsessionnel compulsif qui se manifeste par une fixation pour les chiffres à un point tel qu’on en oublie les principaux bénéficiaires, les patients.

À notre avis, cette obsession du CIUSSS MCQ pour l’efficience budgétaire ne peut que porter préjudice aux patients. Soyons clairs, nous sommes tout à fait pour l’implantation d’une clinique de proximité multidisciplinaire. Et nous saluons le principe de recourir à des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) pour prodiguer des soins. Ce service ne devrait toutefois pas être développé au détriment d’un autre.

Perte de services

Derrière des messages léchés, l’administration du CIUSSS MCQ nous laisse croire que la population de Cap-de-la-Madeleine bénéficiera de services mieux adaptés à sa réalité, mais les informations transmises par le Comité Cloutier et les docteur.e.s Janique Dion, Michel Gauthier et René Houde (voir lettre parue dans Le Nouvelliste du 7 octobre 2019) remettent en doute cette affirmation. Même le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), qui appuyait au départ la création d’une clinique de proximité, s’inquiète maintenant des réelles intentions de l’administration du CIUSSS MCQ et dénonce son improvisation dans le dossier (voir article paru dans Le Nouvelliste du 2 octobre 2019).

Malgré les heures d’ouverture restreintes, l’urgence de Cloutier-du Rivage continue pourtant d’accueillir un volume important de patients dont plusieurs proviennent des secteurs défavorisés de Cap-de-la-Madeleine. Selon toute vraisemblance, ce volume ne pourra être entièrement absorbé par la nouvelle clinique de proximité. D’autant plus que de nombreux services habituellement disponibles dans une unité d’urgence ne pourront être offerts.

Migration des patients

Où iront les patients qui ne pourront pas être vus à la clinique de proximité? Devront-ils se rendre à l’hôpital régional à Trois-Rivières? Et comment se rendront-ils jusque là? Qui plus est, l’urgence régionale sera-t-elle en mesure d’absorber l’afflux supplémentaire de patients alors qu’elle est déjà très souvent bondée et qu’elle ne possède pas l’espace nécessaire pour gérer plus de monde?

On peut alors se demander si les GMF, vers qui seront très probablement renvoyés les patients non prioritaires, seront en mesure de les accueillir?

Un glissement vers le privé

Au moment d’écrire cette lettre, les décideurs au CIUSSS MCQ ont annoncé que cinq médecins de famille allaient prendre en charge 1500 patients orphelins du secteur Cap-de-la-Madeleine afin de compenser la fermeture de l’urgence de Cloutier-du Rivage.

Cette nouvelle prise en charge garantira-t-elle un meilleur accès aux soins de santé en cas d’urgences mineures? Il y a lieu d’en douter. Ce rebondissement confirme que les inquiétudes du personnel médical et de la population sont fondées.

Faut-il rappeler que les GMF sont des établissements privés subventionnés par l’État? Autrement dit, le patient ne paie pas, le CIUSSS MCQ ne paie pas, mais le gouvernement paie. Ainsi, il y a fort à parier que toute cette restructuration coûtera plus cher à la collectivité.

Nous continuons vivement de penser que des services de proximité de type CLSC 24/7, tel que nous l’avions déjà proposé par le passé pour Cloutier-du Rivage, constituent le modèle le plus efficace pour prendre soin de la santé de tout le monde.