Suicide, service public?

OPINIONS / C’est dans une recension de presse il y a quelques années; recension faite dans des journaux canadiens-anglais, que j’avais vu que certains en étaient arrivés à dire qu’en quelque sorte, le suicide était devenu un «service public»!

Ça, c’était au premier temps de la loi sur l’aide médiale à mourir. Mais, vient d’arriver mercredi le 11 septembre un jugement de la Cour supérieure qui décrète que sont inconstitutionnels des pans de la loi du Québec et d’autres de la loi canadienne à cet égard.

Lorsque la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible, «le consentement et la souffrance des personnes handicapées ne méritent que la sympathie du législateur», déplore-t-on en invitant ni plus ni moins à corriger le tir.

De même, on apprend que la ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Danielle McCann, n’a pas que ce jugement à scruter pour envisager l’élargissement des critères d’accès à l’aide médicale à mourir mais qu’un rapport d’experts récent lui indique d’élargir l’accessibilité à l’aide médical à mourir pour des personnes devenues inaptes en fin de vie.

Je deviens alzheimer? On me délivre! Voilà!

C’est bien ou mal? En tout cas, c’est là où on est rendus!

Nous en sommes majoritairement arrivés à penser – et à croire – qu’il est indigne de souffrir, indigne, de surcroît, de voir la maladie nous réduire à l’état de légume.

Dans une «joyeuse» chanson sur ce sujet qui date d’environ trente ans, Plume Latraverse disait entre autres: «pense à l’hôpital, y’serait normal que j’laisse ma place à des moins pires; quand l’heure de mourir avant de pourrir est inversée sur le cadran, débranchez tous les p’tits enfants; j’veux pas que votre œil voit mon cercueil de mon vivant; c’pas beau à r’garder un macchabée qui prend son temps; quand ça fait trop mal, ferme le canal qu’on en finisse en beauté au lieu de laisser ça traîner; c’est la moindre des choses qu’on se repose quand vient le temps, tant qu’à rester là comme de p’tits tas d’emmerdement…»

Allez, on mourra tous! Et peut-être aurons-nous à la bouche ce beau mot qu’un jour un texte de Jules Michelet m’a permis d’apprendre. Il s’agit du mot du légendaire Romain généreux qui souffle en expirant: «Ce qui me reste, c’est ce que j’ai donné»…

Réjean Martin

Trois-Rivières