À l’adoption du dernier budget de Trois-Rivières, on annonçait un ajout de 1,7 M$ d’argent neuf pour la STTR.
À l’adoption du dernier budget de Trois-Rivières, on annonçait un ajout de 1,7 M$ d’argent neuf pour la STTR.

STTR: l’adaptation

OPINIONS / L’auteur, Hugo Robillard Auger, est directeur général des Ateliers de la Fondation des traumatisés crânio-cérébraux Mauricie–Centre-du-Québec.

À l’adoption du dernier budget de la Ville de Trois-Rivières, on annonçait un ajout de 1,7 M$ d’argent neuf pour la STTR. Une petite équation nous permet de dire que c’est là un ajout d’environ 32 700 $ par semaine.

Le 7 décembre dernier, un peu plus d’une semaine avant cette annonce, dans les pages de ce journal, était publié un texte d’opinion, que j’ai signé à titre de directeur d’un organisme œuvrant avec les personnes traumatisées crâniennes. Il y était rappelé l’importance de ne pas prendre en otage les clientèles vulnérables dépendant du transport en commun, particulièrement celles utilisant le transport adapté.

Certes, la STTR tente d’améliorer son service, les modifications apportées aux trajets réguliers depuis janvier en témoignent. Les changements effectués cet été avaient d’abord fait passer l’arrêt d’autobus régulier, qui était directement à notre porte, à 500 mètres de distance. À la suite de plusieurs doléances, un nouvel arrêt a été ajouté au circuit cet automne, permettant aux usagers de débarquer à 350 mètres. Les changements apportés aux trajets, en janvier, permettent maintenant de se rendre à 130 mètres de notre ressource.

S’il faut se féliciter du progrès général de distance à parcourir pour nos usagers, entre la première réforme et la nouvelle, on ne peut se réjouir du fait, qu’encore une fois, en aucun temps, nous ou nos membres, n’ayons été consultés, probablement comme la vaste majorité des organismes communautaires, ainsi que leurs clientèles. Une source à l’interne de la STTR mentionnait que la modification de la ligne 2, faisant descendre cette dernière par Saint-Laurent jusqu’à la rue Toupin, avait tenu compte du fait que nous avions pignon sur rue au 39, Bellerive.

C’est précisément là que le bât blesse. Bien que l’intention soit louable, les décisions prises par la STTR, le sont en vase clos. S’il avait été possible de parler avec les décideurs de ces changements, il aurait été facile d‘expliquer certaines spécificités de notre clientèle: troubles de mémoire, déplacements difficiles, orientation spatiale déficiente, etc. Peut-être que ces informations auraient fait pencher la balance afin de rétablir un arrêt directement à notre adresse, moyennant un ridicule détour de 250 mètres au trajet actuel.

Dans tous les cas, s’il y avait un réel souci de prêter attention à la réalité des divers usagers «obligés», des canaux de communication plus accessibles auraient été développés afin qu’une rétroaction soit possible. Juste pour notre organisme c’est, au bas mot, 2500 déplacements par transport régulier annuellement.

Revenons au transport adapté. Les gens d’expérience de la STTR travaillent à offrir un service optimal aux usagers mais, particulièrement depuis la fin de l’automne, les retards à répétition de plus d’une demi-heure se cumulent. Alors que l’attente acceptable, selon les standards de la STTR, est au maximum de 20 minutes, lundi dernier une de nos participantes a dû attendre près d’une heure. Notre ressource était fermée depuis belle lurette lorsqu’un taxi a daigné venir la chercher.

Force est d’admettre que c’est justement le service de sous-traitance, offert par Taxi COOP, qui est en cause. L’industrie du taxi traverse actuellement de grandes transformations, rendant actuellement le recrutement difficile. Semble-t-il, que cet état de fait servirait d’excuse au manque criant de ressources chez Taxi COOP durant les heures de pointe.

Si Taxi COOP croit qu’il n’a pas besoin de cette clientèle captive, j’espère que la STTR, par sa volonté d’adaptation, saura trouver d’autres alternatives. Un autre calcul simple nous permet de dire qu’il serait sûrement possible pour ces deux entités de communiquer afin de résorber le problème rapidement, moyennant certains incitatifs à l’embauche. Après tout, il s’agit ici de montants risibles en regard des enjeux.

À Darwin qui disait «Celui qui survit n’est pas le plus fort, ni le plus intelligent, c’est celui qui s’adapte», j’ajouterais la citation de Gandhi: «On juge la grandeur d’une nation à la façon dont les faibles sont traités».