Le ministre des Finances, Carlos Leitão.

Soyons libéraux: redonnons les 278 $

En réaction à la lettre d’opinion intitulée «Les 278$, nous les remettrons», signée par vingt-cinq de personnes et publiée dans notre édition du 2 décembre dernier.

J’appuie l’initiative des signataires d’une lettre ouverte publiée dans vos pages samedi dernier: «Les 278 $, nous les remettrons» (Le Nouvelliste, 2 décembre 2017). Il me semble, en effet, que de fortes compressions budgétaires subies au fil des ans ne devraient en rien permettre aujourd’hui un allègement fiscal encore favorable aux mieux nantis. 

Trop d’organismes communautaires, trop de services essentiels au bien-être commun, trop d’infrastructures économiques et sociales sous représentées à l’Assemblée nationale auront fait les frais d’une politique d’austérité ayant encore plus laissé à eux-mêmes bon nombre de laissés-pour-compte. Je vais donc, moi aussi, redonner ces 278 $ à ceux et celles qui en ont tant besoin.

Le cynisme à l’endroit des politiciens ne fera qu’augmenter si à l’approche d’élections générales les rigueurs d’usage se transforment par miracle en indulgences festives. On n’efface pas une faute morale avec un cadeau de Noël. Et je crois, peut-être à tort, que des membres du Parti libéral du Québec, voire des élus libéraux, ressentent un profond malaise à la suite des bienfaits annoncés par le ministre des Finances, alors que les plus défavorisés de nos concitoyens n’en toucheront guère les fruits. 

La justice sociale n’est pas qu’une affaire de la gauche. La droite aussi est capable d’en incarner l’idéal. Encore faut-il que l’on établisse des priorités en fonction de leur impact sur les pauvres et les miséreux. Or, je constate que si les médecins ont rattrapé des honoraires dus, selon leur ordre, depuis longtemps, nombreux sont aussi leurs patients, surtout les plus fragiles à plus d’un titre, qui attendent toujours et encore un service plus hospitalier, moins soucieux d’économiser à tout prix, quand le serment d’Hippocrate est prêté en vertu d’une tout autre économie. Des médecins l’ont vu, dénoncent cette iniquité, ils accepteront sûrement, eux aussi, de verser leur «juste part» à ceux et celles dont l’injustice fait le quotidien.

J’ai enseigné plus de trente ans au collégial. En m’efforçant de transmettre par l’exemple des valeurs humanistes. Parmi elles, non la moindre, figure une meilleure distribution des richesses. Elle se retrouve aussi en lettres majuscules à la une de l’édition révisée des Valeurs libérales et le Québec moderne. Le Parti libéral du Québec utilise même avec raison, en page couverture de sa brochure promotionnelle, des majuscules plus grandes à «justice sociale» qu’à «développement économique». Dans cette «Perspective historique de l’apport du Parti libéral du Québec à l’édification du Québec d’hier et d’aujourd’hui», la gauche dont je me réclame apprécie vivement une telle hiérarchie des valeurs. Un tel sens moral. 

C’est pourquoi, au nom de l’équité, d’un minimum de justice sociale, d’une sorte d’appel du cœur, j’espère que nous serons nombreux à être suffisamment libéraux pour redonner à des valeurs que l’on dit libérales une réalité que l’on souhaiterait bien concrète.

Christian Bouchard

Professeur retraité du Collège Laflèche Trois-Rivières