Soyons des agents de la continuité de la vie, de notre vie!

POINT DE VUE/ Jusqu’où l’humain peut-il aller dans l’exploitation inconditionnelle de la nature sans risquer sa propre vie? Telle devrait être la question centrale de nos réflexions à cette étape cruciale de notre Histoire.

Il est plus que temps que nous commencions à percevoir les deux versants d’un même continuum vivant: d’un côté, l’Homme conscient et de l’autre, le vivant naturel qui a évolué sans conscience individuelle. De notre côté, nous avons développé une grande capacité technoscientifique à contrôler la nature pour servir nos propres fins et à utiliser le vivant, incluant l’humain, pour notre bien-être et notre confort. Mus par nos seuls désirs pulsionnels, aurions-nous tout simplement oublié ce que l’histoire des sciences nous a appris, soit le fait que nous sommes partie intégrante de la nature?

Et pourtant, nous savons!

Depuis le 18e siècle, l’étude des espèces vivantes nous a permis de comprendre de mieux en mieux leur multitude autant que leur fragilité. Au 19e siècle, la théorie de l’évolution nous a été présentée et, au fil des recherches, nous avons graduellement compris l’étendue de la biodiversité du vivant et également le fait que l’Homme est partie intégrante de cette trame évolutive.

Suite à l’émergence de ces concepts d’évolution et d’écologie, des démarches de protection de la nature se sont amorcées partout sur la planète. En 1948, lors de la conférence de Fontainebleau, on a décrété l’Union internationale de la protection de la Nature assortie d’une mise en garde contre la destruction des ressources naturelles et le danger que cette destruction représente pour l’humanité. Ces démarches concrètes sont le fruit de réflexions où on a soupesé l’interaction entre une éthique centrée uniquement sur les besoins et les désirs de l’humain et une éthique considérant l’importance cruciale de la biodiversité, soit le vivant dans son ensemble.

Extirpons-nous de nos vieux réflexes de domination!

L’attractif appel à l’exploitation du vivant, y incluant l’homme, et des ressources naturelles pour servir nos propres fins s’est ancré en nous depuis des siècles, en fait, depuis Descartes (17e siècle), avant même la connaissance de la théorie de l’évolution et de notre place dans cette trame évolutive et cette biodiversité. Encore aujourd’hui, mus par ce solide réflexe de domination de la nature, et parce que nous en avons la capacité et le pouvoir, nous usons et abusons encore du vivant pour nos fins utilitaires, alimentaires et récréatives (parfois essentielles, souvent non essentielles, voire inutiles) sans tenir compte de l’écologie naturelle, faisant fi de la maison commune que nous partageons avec tout le vivant. Et nous devons impérativement nous défaire de cette attraction mortifère!

La biodiversité est très coopérative pour ne pas dire symbiotique. Chaque élément y tient sa juste place et sert le tout. Qu’en est-il de nous qui continuons impunément à nous désolidariser de la nature, et malgré toute la connaissance acquise, à être un élément de nuisance à la biodiversité dont, rappelons-le, nous sommes une partie indissociable? En fait, nous avons besoin de la nature autant qu’elle a besoin de nous.

Sortons donc de la dictature de nos seules pulsions de contrôle et exigeons de nous de mieux comprendre le fonctionnement interactif et solidaire des systèmes du vivant! Que cette compréhension génère de notre part des actes concrets pour simplement jouer notre juste rôle d’agents de coopération au sein du vivant! Ce changement est une question de survie pour nous et pour la vie elle-même!

François Bellemare

Jocelyne Harnois

Trois-Rivières