L’auteur de cette lettre se questionne sur plusieurs aspects de la santé. Il aimerait, entre autres, trouver un équilibre entre souffrance morale et physique .

Souffrance et bien-être, le point de bascule décentré

Au lendemain du jour de l’An 2018, j’ai accompagné ma mère à l’urgence du Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières pour des examens concernant certains symptômes apparents: une difficulté à respirer, jambes enflées, confusion, grande fatigue. Ma mère est centenaire depuis le 16 octobre dernier et elle commence à avoir du millage comme personne dans ce monde où tout roule à un train d’enfer et où ses capacités d’adaptation ont été sollicitées à outrance depuis octobre 1917.

Durant cet accompagnement de ma mère pendant huit heures à l’urgence de l’hôpital, quelle prise de conscience! Des sites pleins à déborder, du trafic à faire peur aux plus braves, des civières pleines alignées le long des corridors ou des stalles mi-fermées, du bruit à des décibels élevés, des arrivées, des sorties via ambulance, etc. Différentes sortes de patients: des jeunes et des vieux, des personnes avec des niveaux de malaises différents, des personnes souffrant de maladies psychiques (démences mentales à des degrés divers, détresse humaine, cas suicidaires, etc.) et d’autres démontrant des souffrances physiques intenses et très variées.

Quelle vocation que celle de ces employés, des préposées aux malades, des responsables de l’hygiène et de la salubrité des lieux, aux infirmières, aux médecins. Je n’ai vu que des professionnels de la santé bien engagés dans leurs tâches avec compassion et bienveillance et n’ai entendu que des personnes affables, polies, avec une attitude de service et de bons soins pour soulager les malades et contribuer à leur guérison du mieux qu’elles pouvaient. Je ne peux que leur exprimer toute ma gratitude et mon empathie devant leur attitude et comportement manifestés en de telles conditions!

Mon questionnement? Est-ce que le point de bascule entre la souffrance et le bien-être de notre humanité est à ce point décentré? Sommes-nous en train de perdre le contrôle de cet équilibre? Serait-ce que le poids de la souffrance soit plus important que le poids du bien-être? Élargissons cette situation à des observations similaires dans d’autres lieux de la vie personnelle ou sociale, où la vitesse, le bruit, la consommation exagérée, la culture des avoirs, l’individualisme de plus en plus évident dans les relations humaines, etc., quel portrait? Où en sommes-nous comme êtres humains intelligents et aptes à trouver des solutions pour un mieux-être personnel et collectif? Y aurait-il un gonflement de la souffrance humaine qui dépasserait notre capacité à y répondre comme humanité? Se pourrait-il que: ce ne serait pas la faute des professionnels de la santé; ce ne serait pas l’excuse du «système»; ce ne serait pas notre incapacité à payer la facture des soins de santé; ce ne serait pas un problème de structure même si tout est améliorable?

À ces questions, à ce portrait vu d’un angle sombre, il est possible d’y remédier. Nous pourrions nous permettre, personnellement et collectivement, de passer de la souffrance au bien-être, de recréer l’équilibre, de la même manière que plus jeunes, nous recentrions le madrier sur la balançoire-chevalet de jeu selon le poids des «balanceux». On sait que la souffrance morale ou physique fait partie intégrante de la vie. Chacun et chacune des personnes que nous sommes traversent des difficultés, faisons face à des traumatismes d’un côté du balancier, puis vivons des expériences gratifiantes, voire nourrissantes de l’autre côté. Selon A. Guillot, «La souffrance du corps est souvent utile à l’âme».

Certaines clés sont à la portée de chacun et chacune et tout dépend de notre perception des situations ou des personnes et de notre façon qu’on s’y prend pour gérer l’information qui nous arrive au présent. Sur le plan physique, offrons-nous le cadeau de bien préparer notre corps à vivre les exigences de la vie moderne en actionnant les trois leviers de la santé physique: repos réparateur, activité physique régulière, saine alimentation? Pour l’aspect psychique, exerçons bien notre esprit à s’acclimater vers un mieux-être? Nous pourrons atteindre cet état de quiétude en centrant notre conscience sur le moment présent. L’exercice consiste à tourner la page sur le passé et ses émotions négatives puis focaliser davantage sur ses expériences heureuses, en ne souciant pas ou peu du lendemain, période où personne n’a accès avec certitude et lieu où personne n’a atteint encore. Avec les ressources intérieures illimitées présentes dans chacun de nous, plusieurs personnes peuvent arriver personnellement à se repositionner sur le madrier et parvenir à un équilibre sur la balançoire-chevalet de la vie. D’autres auront besoin de coaching ou d’accompagnement ou de ressources extérieures pour avoir accès à cet équilibre qui apporte satisfaction face à la vie.

J’ai la ferme conviction que chacun et chacune peuvent aspirer au bien-être ou à simplement être en harmonie avec son propre destin!

Alain Guilbert
Nicolet