S.O.S. pour nos archives privées

Notre région devrait être fière de posséder deux centres d’archives privées, l’un à Nicolet, rattaché à feu le Séminaire de Nicolet, l’autre à Trois-Rivières, abrité, depuis 1918, au Séminaire Saint-Joseph.

Un service d’archives n’a rien de spectaculaire. Très discrètement, il conserve jalousement des bribes de la grande et de la petite histoire de notre pays. C’est notre mémoire collective. Perdre la mémoire, pour un individu comme pour une nation, c’est tragique.

Prenons le cas des archives privées conservées sous la coupole du Séminaire Saint-Joseph, dans un grand local bien aménagé où tout chercheur, apprenti ou chevronné, est accueilli gratuitement et secondé avec empressement. En 1990, les Archives nationales du Québec ont reconnu officiellement la valeur de notre centre d’archives, en lui conférant le titre d’agréé. Telle reconnaissance entraînait une subvention appréciable. Tout naturellement, puisque nos archives comptent quatre fonds uniques déclarés «Biens historiques – Archives» par Québec en plus d’une multitude de documents sur les sujets les plus divers.

Ainsi, un jour, tandis que l’historien Denis Vaugeois consultait le précieux Fonds Hart, sur la même longue table de travail, un brave citoyen fouillait un épais dossier sur le Club des Raquetteurs de Trois-Rivières. Rien de notre passé n’est négligeable.

En fait, la liste est longue des chercheurs et des simples curieux qui ont fréquenté notre centre d’archives. Sans parler des nombreux historiens américains que le célèbre Fonds Hart a attirés. J’ai moi-même été de ces habitués avec des Marcel Trudel, Denis Vaugeois, Jacques Lacoursière, Hermann Plante, Raymond Douville, Jean Hamelin, René Hardy, Sylvain, etc…

Je me permets un mot sur Sylvain, pseudonyme d’Auguste Panneton, mon père. Il consacra sa retraite à l’écriture. En quelques années, il publia neuf livres dont quatre ouvrages historiques. Toute la documentation avait été puisée aux archives du Séminaire où il passait le plus clair de son temps.

Pourquoi, depuis quelques semaines, tant parler de nos archives privées? C’est qu’il est temps de lancer un S.O.S.. Suzanne Girard, dans ces pages, nous a décrit la menace qui pèse sur les archives privées. Archiviste réputée, qui fut longtemps l’âme de nos archives, s’est toujours beaucoup impliquée au sein de réseaux ou regroupements reliés aux archives.

Suzanne est donc bien placée pour juger la crise que traversent les archives privées. Reconnaissons que ce n’est plus le temps des cathédrales et de la culture. Voici venu le temps des arénas, des gymnases doubles et des brasseries artisanales. Autant de bonnes choses, d’ailleurs!

Jean Panneton, prêtre

Trois-Rivières