L’établissement d’un salaire minimum à 15 $ constituerait, selon les auteurs de cette lettre, un bon moyen de sortir de la pauvreté.

Sortir de la pauvreté

OPINIONS / Chaque mois de décembre, les Québécois manifestent de façon exemplaire leur solidarité à l’égard des personnes moins nanties. Une tradition qui fait honneur à la société québécoise. S’il faut se réjouir de cette démonstration éloquente de solidarité sociale, dont on a pu être témoin encore il y a quelques semaines à peine, il faut par contre se désoler de la persistance de la pauvreté qui frappe près de 15 % de nos concitoyens et concitoyennes, surtout concitoyennes par ailleurs.

La pauvreté est un drame social mais aussi une aberration économique et sa persistance, un choix politique.

La pauvreté est un drame social puisqu’elle broie littéralement des vies humaines et cela dès l’enfance. Faut-il s’étonner du fait que le taux de signalement jeunesse soit étroitement lié au taux de pauvreté? C’est tout dire quant au prix humain que doivent payer les enfants qui grandissent en contexte de pauvreté qui, pour une grande partie d’entre eux, les marquera pour la vie entière.

La pauvreté constitue une aberration économique. Le Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion du ministère de l’Emploi et de la Solidarité affirmait, dans un rapport publié en 2011, que la pauvreté coûtait annuellement à l’ensemble de la société québécoise, entre 15,7 et 17,0 milliards de dollars. Le même rapport précisait qu’avec trois milliards de dollars les ménages sans emploi seraient en mesure de combler 80 % de leurs besoins vitaux voire 100 % pour les personnes travaillant 16 heures semaine au salaire minimum. C’est dire à quel point on gaspille littéralement le potentiel d’inclusion et de participation sociale d’un segment important de notre population.

La persistance de la pauvreté et de l’exclusion est enfin un choix politique puisque, compte tenu de la richesse collective de la société québécoise, nous disposons de tous les leviers nécessaires pour combattre efficacement ce fléau. Deux mesures sont à portée immédiate: le rehaussement des prestations d’aide sociale et l’établissement d’un salaire minimum qui permette une sortie de la pauvreté.

Avec l’actuelle prestation mensuelle d’aide sociale (644 $), à laquelle s’ajoutent le crédit d’impôt pour solidarité et le crédit pour la TPS (132 $), une personne seule ne comble, selon la mesure du panier de consommation (MPC), que 51 % de ses besoins de base (vêtements, nourriture, logement et transport). Et que penser du fait qu’en 2019, une personne seule, prestataire d’aide sociale, reçoit, en dollars constants, moins de 70 % de ce qu’elle recevait il y a trente ans (644 $ par rapport à 924 $). Avons-nous vraiment fait collectivement le choix collectif d’accroître le fardeau des personnes et des familles appauvries? Vivement une hausse de l’aide sociale qui donne un peu d’oxygène aux personnes prestataires.

Et que dire à propos de ces 296 000 personnes, majoritairement des femmes, qui travaillent au salaire minimum, dont un grand nombre est confronté à une situation de pauvreté. En 2019, 13,5 % des personnes utilisatrices des banques alimentaires étaient en emploi. Faut-il s’en surprendre? Avec un revenu hebdomadaire de 500 $, la personne, soutien d’une famille de quatre personnes, qui travaille à temps complet (40 heures/semaine), ne comble que 78 % des besoins de base de sa famille selon la MPC. Imaginez ce qu’il en est pour ceux et celles qui travaillent à temps partiel. Et pourtant, dans certains milieux on se scandalise d’un salaire minimum à 15 $. Vivement un salaire minimum qui permette une sortie de pauvreté.

Si la solidarité sociale des Québécois et des Québécoises s’exprime par des gestes exemplaires de générosité comme on en voit en cette période de l’année, elle peut également prendre la forme de politiques publiques qui permettraient de faire reculer la pauvreté, de combattre l’exclusion et cela pour une meilleure qualité de vie de tous et toutes.

Diane Vermette

Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie (ROEPAM)

Claudette Claveau

Comité pour la défense des droits sociaux (CDDS) de La Tuque

Josée Despins

Regroupement pour la défense des droits sociaux (RDDS) de Shawinigan

Catherine Gendron

Mouvement Action Chômage (MAC) de Trois-Rivières

Renée Levasseur

Droits Devant – Érable

Anthony Morin

Mouvement d’action solidaire des sans-emploi (MASSE) des Chenaux

Linda Proulx

Regroupement pour la défense des droits sociaux (RDDS) de Nicolet

Anne-Marie Tardif

Carrefour d’aide aux non-syndiqués-es (CANOS)