L’auteur de cette lettre met en doute les résultats d’un sondage sur l’épandage de pesticides BTi sur le territoire de Trois-Rivières.

Sondage biaisé sur les épandages de pesticides BTI à Trois-Rivières

OPINIONS / La récente divulgation, sur le site web de la ville de Trois-Rivières, des résultats d’un sondage biaisé concernant les épandages de pesticides BTi sur une bonne partie de son territoire nous laisse perplexes sur les intentions de la ville d’avoir omis d’informer adéquatement et honnêtement les citoyens sur cette mesure dite de confort momentané. Et cela depuis 2008.

Ce sondage s’adressait seulement aux propriétaires et non aux locataires qui eux aussi auraient pu avoir leur mot à dire, étant payeurs au même titre que les autres. Ce sondage, qui prétendait être sur les perceptions et non sur les connaissances des citoyens, était un «copier/coller » du sondage de 2005. Il ne donnait aucune information factuelle sur les objectifs des épandages et leurs conséquences sur la biodiversité.

Des compagnies profitent de l’agacement partiel et temporaire (2 à 3 semaines estivales) de quelques citoyens pour détruire sans vergogne une strate de la chaîne alimentaire des insectivores. Les conséquences à long terme de ces attaques contre la biodiversité ne sont nullement considérées par les responsables – donneurs d’ordre politique. Ceux-ci ne devraient pas démontrer une conscience environnementale à géométrie très variable, en gardant la tête dans le sable pour ne pas trop déplaire à quelques électeurs.

Les intentions des auteurs de ce sondage orienté étaient-ils de confirmer, tant que faire se peut, une certaine acceptabilité sociale de ces opérations de destruction partielle de la biodiversité? La ville devrait retirer ces résultats de leur site afin de ne plus désinformer la population.

Depuis 11 ans que ces opérations persistent, aucune information n’a été donnée aux contribuables qui voient leurs comptes de taxes grugés annuellement d’une «compensation», sous la ligne «Contrôle des insectes piqueurs». C’est un autre gaspillage de fonds public, alors qu’il y a de multiples alternatives écologiques pour faire face à ces nuisances saisonnières.

Avant de poursuivre leur accord avec les épandeurs de pesticides, il serait impérieux que les responsables de la ville organisent dans les meilleurs délais une audience publique sur ce dossier afin de bien sensibiliser et informer objectivement la population. Ce serait de bon augure et tout en leur honneur pour compenser le manque flagrant de transparence de la part de l’administration précédente.

Le problème sera de trouver des spécialistes totalement neutres pour éclairer objectivement les citoyens, sans user de démagogie, de sophisme et d’autres propos fallacieux.

Dans leur décision, les décideurs politiques vont-ils se fier seulement aux informations partielles et partiales qui «reposent sur la science et le bien commun» que les experts en développement durable de la ville vont leur fournir? Vont-ils jeter plus qu’un coup d’œil sur l’étude de J. Boisvert et M. Boisvert de 2000 qui est aussi probante que les autres études sur lesquelles les «services techniques» de la ville et les ministères concernés s’appuient pour déclarer péremptoirement que les produits sont sans danger pour les humains et l’environnement. Ils se basent sur plusieurs études fournies essentiellement par les épandeurs.

Pourtant, cette même étude met en garde l’élimination de ces diptères. En supprimant un segment de la chaîne alimentaire, cela peut éventuellement réduire la diversité, l’abondance et la stabilité des écosystèmes et par conséquent modifier la structure globale de la communauté. Nos décideurs politiques y trouveront bien des interrogations, sans réponses.

La ville de Trois-Rivières devrait demander à l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de réévaluer le pesticide BTI et, en attendant, elle devrait appliquer impérativement le principe de précaution afin de ne plus continuer à affecter à long terme la chaîne alimentaire de notre biodiversité.

Philippe Giroul

Trois-Rivières