Sommes-nous encore à l’ère des colons?

OPINION / Comme je suis une résidente du district de Pointe-du-Lac, non loin du marais Saint-Eugène, je me promène quotidiennement avec mon chien dans le quartier. Par contre, avec le beau temps, mes promenades s’allongent pour me rendre jusqu’au parc Antoine-Gauthier. Quelle fut, encore une fois, ma stupeur de voir que maints propriétaires, aux abords du marais et se situant de part et d’autre du parc, coupent d’une manière irréfléchie pratiquement tous les arbres longeant les bandes riveraines du marais pour avoir une vue quasi totale sur le lac Saint-Pierre. J’ai des problèmes à accepter leurs actions parce que, même les agriculteurs doivent respecter les distances minimales des bandes riveraines, pourquoi pas les résidents sur le bord des rives?

Je me pose donc la question: «Est-ce que ces gens réalisent que nous ne sommes plus à l’ère des colons défrichant pour faire de l’agriculture, mais bel et bien dans une ère où nous devons replanter des arbres, ceux que nous avons éliminés trop vite et protéger le peu qui nous reste?»

La Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, Loi sur la qualité de l’environnement (chapitre Q-2, a.2.1), stipule, pour en résumer très sommairement le champ d’application, qu’une bande horizontale de cinq (5) mètres soit permise pour un accès frontal à la rive et une bande de terre qui s’étend vers l’intérieur de 10 ou 15 mètres selon la pente, si elle est inférieure ou supérieure à 30 %.

Cette politique, confirmée par la direction régionale du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, mentionne que cette Loi doit être obligatoirement intégrée dans les règlements de toutes les villes et municipalités du Québec. Cependant, après quelques recherches et constatations, il semble que même si cette Loi existe, dans son application, il n’y a pas de ressources adéquates pour la faire respecter. Encore pire, faisant suite à une plainte de ma part face à un propriétaire demeurant sur le bord du lac Saint-Pierre et, qui a abusé en coupant la quasi-totalité de ces érables majestueux et en très bonne santé, le chef de division – Environnement à la Ville de Trois-Rivières m’a répondu que ces arbres étaient en fin de vie! Étrange… Permettez-moi de douter de cette réponse puisque son voisin immédiat qui lui a vendu le terrain, a les mêmes types d’arbres en essence et en âge et, ils sont toujours très verts et debout! Malheureusement, le permis a été délivré quand même. Je suis totalement renversée de constater que la Ville ne protège pas plus son environnement, même après avoir appuyé, en décembre 2018, la Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique.

Le 4 juin 2019, j’ai présenté cette observation au conseil municipal. Je réitère donc ma demande à la Ville de Trois-Rivières de prendre des mesures nécessaires, et ce, le plus rapidement possible, de protéger nos arbres et de sanctionner les contrevenants sérieusement, car, selon la justice, «l’ignorance de la Loi n’est pas une excuse». Alors à quand la protection de notre territoire?

Nicole Morin

Trois-Rivières