Small Is Beautiful: un système de santé à dimension humaine

OPINION / Small Is Beautiful. Non seulement pour l’économiste Ernst Friedrich Schumacher qui développa dans une série d’essais le concept d’une économie comme si le gens étaient importants... Ils ne sont pas importants, les gens, dans l’économie actuelle.

Parlons-en un peu d’économie...

Qu’est-ce que l’économie? C’est l’état actuel de nos préjugés sociaux jalousement nourris par ceux qui profitent de cette situation. On peut défier les lois de la gravitation, qui sont des lois physiques réelles, en envoyant un avion dans le ciel. Pourquoi ne peut-on pas défier les lois de l’économie, qui sont bien plus abstraites que réelles parce que justement elles n’ont rien de vrai? La vérité de l’économie actuelle c’est la valse des privilèges qui freineront toujours toute forme de progrès humanitaire. C’est ce mensonge qui permet ceci et cela dans l’état actuel des choses. On peut bien sûr dire que personne n’y changera rien. Ce n’est pas mon point de vue. Vous pouvez allez vous coucher si l’idée du changement vous répugne. Le monde changera très bien sans vous. Et sans moi d’ailleurs. Il change toujours, le monde. Aussi bien que ce soit pour le mieux en y mettant un peu du nôtre...

Revenons à Small Is Beautiful. Quand c’est petit, c’est bien plus beau. Ça se tient pour les institutions. Plus c’est gros plus l’humain s’y perd pour n’y devenir qu’un numéro. Qui peut développer de l’empathie pour un numéro? Personne. Alors on peut engager autant de numéros que vous voudrez pour répondre aux numéros que ce ne sera jamais rien d’autre qu’un exercice comptable déguisé en soins de santé.

Quand la grippe frappe un poulailler industriel, c’est la catastrophe. Vous n’avez pas idée combien de poulets peuvent être sacrifiés pour répondre à l’exercice comptable bien plus qu’à l’éclosion de grippe.

La même grippe n’aura pas le même effet sur les poules à Colin. Il va pouvoir soigner Blanchette, en la mettant à part des autres. Et lorsqu’elle sera guérie, elle reviendra picorer dans un environnement nettement plus agréable qu’un poulailler industriel, authentiques mouroirs qui répondent aux besoins de l’industrie bien plus que de l’humanité.

Revenir à plus petit, c’est revenir vers l’humain.

On n’a plus affaire à la poule du lot Z456. On a affaire à Blanchette.

On n’a plus affaire au bénéficiaire Z456, mais à Monsieur Blanchette.

Croyez-moi que le traitement sera différent dans les deux cas.

Pourquoi s’acharner à développer de grosses structures pharaoniques qui, d’évidence, ne fonctionnent pas très bien? Nous faudra-t-il 5000 morts de plus de la COVID-19 pour y cultiver encore des tas de maladies nosocomiales et mille autres formes de maladies mentales, voire de cas de CSST?

On peut envoyer des fusées dans l’espace. Mais il semble qu’on ne peut pas envoyer vos grands-parents dans un environnement sain alors qu’il arrive en fin de vie.

Je constate, jour après jour, que les petites maisons s’en sortent mieux que les grandes en temps de crise comme en temps ordinaire. Les décisions sont à la portée de voix. On n’a pas nécessairement à remplir le formulaire A38 avant d’obtenir un début de réponse en avril 2043...

Les paquebots ça ne tourne pas vite. Peut-être vaut-il mieux faire du catamaran pour se rendre plus loin plus vite...

J’aurais l’air de ne faire que chialer, évidemment, si je ne proposais rien.

Je propose donc de démolir les grosses structures avec les organigrammes à n’en plus finir de fonctionnaires avec des titres longs comme le bras pour patiner dans le beurre. Du moins faire un moratoire sur toute construction nouvelle de mouroirs d’État.

Il nous aura fallu cette pandémie pour réaliser les graves conséquences de l’inhumanité inhérente aux conditions d’hébergement des bénéficiaires en fin de vie ainsi que des conditions de travail de ceux qui s’en occupent.

Je suis préposé aux bénéficiaires. Aide-soignant si vous voulez.

Je ne suis pas un gardien de prison.

Je ne suis pas un kapo de camp de concentration.

On me paierait 100 $ de l’heure que je n’irais pas travailler dans un CHSLD dans l’état actuel des choses.

J’ai le devoir, en tant que préposé, de signifier toute forme de maltraitance envers les aînés. C’est même inscrit dans la loi sur les aînés et enseigné dans le cours de préposé aux bénéficiaires.

La pire maltraitance qui soit, à mon avis, provient des mégastructures de soins de santé.

Au lieu de bâtir de nouveaux blocs de béton de 400 personnes l’on ferait mieux d’envisager dix petites maisons de 40... Ça ne coûterait pas plus cher si l’État devenait son propre fournisseur. Il en a les moyens et les capacités constitutionnelles. Il s’agit d’être moins assis sur nos privilèges et de participer à quelque chose de grand: rapetisser nos établissements de soins de santé.

Il faudra bien sûr y prendre un peu plus de temps pour créer un milieu de vie tout aussi sain pour les bénéficiaires que pour les travailleurs et travailleuses.

Au Danemark, des étudiants sont logés et nourris par les maisons de santé. La seule condition c’est qu’ils doivent prendre leurs repas avec les aînés et leur consacrer quelques heures de loisir ou de discussion. L’étudiant pourrait jouer un air de guitare à monsieur Blanchette qui se rappellerait sa jeunesse. N’est-ce pas admirable? Ce serait mieux que d’avoir un verre d’eau froide avec un peu de chance d’ici les prochaines 24 heures...

Mieux que de mourir dans quelque chose de big, de tellement big qu’on n’y contrôle plus rien.

Gaétan Bouchard, préposé aux bénéficiaires

Trois-Rivières