L’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine (à droite) a récemment indiqué que l’archidiocèse nommait une juge à la retraite dans le dossier des cas d’abus au Québec. Toutefois, pour plusieurs, cette démarche ne semble pas tout à fait transparente, car la juge nommée par l’Église est réputée pour ses fortes allégeances à l’institution.

Sexe et religion

OPINIONS / L’auteur, Frankie Bernèche, est professeur de psychologie. Il habite Saint-Mathieu-du-Parc.

En acceptant de nommer une juge à la retraite dans le dossier des cas d’abus au Québec, on assiste aujourd’hui à une certaine reconnaissance du problème des abus perpétrés au sein du clergé. Toutefois, pour plusieurs, cette démarche ne semble pas tout à fait transparente, car la juge nommée par l’Église est réputée pour ses fortes allégeances à l’institution. De plus, le mandat de la juge ne semble pas si clair. Elle doit faire la lumière sur la situation en dénombrant le nombre de cas réels d’abus commis par les prêtres.

Toutefois, cet exercice ne portera pas sur les victimes (enfants abusés) ni sur les cas de complicité par le silence ou les tentatives de camouflage de certains haut placés de l’institution, et encore moins sur la réparation que doit apporter l’Église envers les enfants abusés. Aussi important, aucune enquête ne portera sur les raisons pour lesquelles tant de prêtres ont abusé des jeunes enfants.

Selon l’analyse des professionnels en santé mentale, les hommes qui abusent des enfants, qu’ils soient prêtres ou non, ressentent une excitation sexuelle en réponse à des stimuli atypiques (les enfants dans le cas de la pédophilie). Ce trouble est récurrent et leurs pulsions sont puissantes et incontrôlables. Certains agiront, et d’autres en resteront à des fantasmes. Plusieurs ont vécu des traumatismes sexuels et émotionnels précoces. Il semble également que leurs perversions servent de mécanismes de défense contre une angoisse ou une grande frustration.

Les désirs refoulés

Voilà donc le point sur lequel on devrait enquêter, la grande frustration des prêtres. Ces hommes ont décidé qu’ils devaient refouler toutes leurs pulsions sexuelles ressenties, car ils ont fait vœu de chasteté. Nous devons comprendre que les pulsions sexuelles, comme toutes les autres pulsions (ex.: la faim, la soif, etc.) doivent nécessairement être assouvies, c’est une question de santé physique et de santé mentale. Bref, s’il y a refoulement de nos pulsions, il y aura nécessairement tôt ou tard, des dysfonctions qui apparaîtront. Tentez de ne pas assouvir votre faim pendant quelques jours, vous verrez que votre corps et de votre personnalité deviendront inadaptés. En ce sens, les perversions sexuelles sont directement liées aux refoulements des pulsions sexuelles (et autres traumatismes non résolus).

Les dogmes religieux

Nous avons tous de la difficulté à réaliser qu’un prêtre peut être un abuseur, cela est complètement dissonant avec les croyances religieuses et la foi chrétienne. Mais en matière d’abus, il ne s’agit pas de foi, mais bien de corps pulsionnel. Pour comprendre le phénomène, l’Esprit saint doit nécessairement faire place à l’esprit critique et scientifique. En fait, la religion au Québec a permis de réaliser de belles choses (système de santé, éducation, charité, aide sociale, etc.), mais elle a aussi engendré beaucoup de torts au développement des enfants, car elle nous a appris à «sacraliser» les rapports sociaux plutôt que les humaniser. Il n’est pas loin le temps où l’on disait aux parents de ne pas toucher à leurs jeunes enfants (les embrasser, les prendre dans nos bras, les réconforter par le contact physique), car cela ne ferait qu’activer les pulsions physiques et sexuelles de l’enfant. Ces pulsions qui nous rapprochent de la bête. Borné par sa nature, infini dans ses vœux, l’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.

Or, motivés par leur propre refoulement pulsionnel, les penseurs religieux ont mis en place des dogmes, des croyances et des modes de conduite qui imposent aux adeptes de refouler à leur tour leurs propres pulsions. Il est donc temps de prendre conscience de cet engrenage déshumanisant qui prédispose au développement de dysfonctions sexuelles chez certains prêtres. Serait-il aussi le temps d’assouplir le cadre de vie des prêtres en leur permettant de vivre une sexualité saine au sein d’un couple intime, pour qu’ils puissent enfin retrouver un équilibre entre leurs pulsions et leurs passions?