Seul un État laïque garantit le respect des droits fondamentaux

OPINIONS / C’est par le biais de trois experts que le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU (instance fondée en 2006) exprime ses préoccupations face au projet de loi sur la laïcité de l’État. L’objectif poursuivi est clair. Discréditer la volonté de notre gouvernement de légiférer en la matière. Cette manœuvre, largement médiatisée, a pour but de nous faire reculer collectivement.

Avant cela, il est question de nous faire admettre qu’imposer le principe de neutralité aux représentants de l’État est une violation de la liberté de religion. Ce qui relève, bien entendu, d’une interprétation absolutiste de cette dernière.

Certes, la liberté de religion est totale, mais les manifestations religieuses, elles, rencontrent des limites.

Plusieurs grandes démocraties imposent déjà depuis fort longtemps des exigences à leurs fonctionnaires qui vont bien au-delà du projet de loi 21. Dans ce registre-là, il n’y a rien, mais vraiment rien de novateur. Presque une timide volonté d’asseoir des normes communes au sein de l’État.

Ce n’est pas tout. Les experts onusiens vont encore plus loin. Ils questionnent la pertinence et la légitimité de donner et de recevoir des services à visage découvert. Comme si, pour eux, les diktats des plus intégristes étaient une norme acceptable dans une démocratie libérale comme l’est le Québec. Pire encore, comme si cette norme devait devenir LA norme à travers laquelle les États réfractaires à cet exhibitionnisme politico-religieux devaient se justifier de leurs choix de société. Comme si la défense des droits humains avait quelque chose en commun avec les dictatures islamistes. N’ayons pas peur de le dire. Car ce sont ces États islamistes qui imposent le voilement aux femmes et les soumettent aux pires violences et injustices. Oui, ces États membres du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU qui ont trouvé dans ce «machin» comme l’appelait le général de Gaulle un joujou idéal pour inverser les légitimités et mettre sur un même d’égalité démocratie et dictature. Dans ce Conseil tous les États se valent. L’Arabie saoudite et le Danemark c’est kif-kif!

On arrive probablement à l’essentiel, au cœur du problème, au biais idéologique et politique du Conseil, dû, à la présence de pays dont la culture politique n’a rien à voir avec le respect des droits fondamentaux alors que pour certains autres, la démocratie doit se confondre avec le multiculturalisme. Nous sommes pris entre ces deux feux. Dans un cas comme dans l’autre, le religieux se trouve exonéré de ses excès, replacé au cœur du jeu politique. Derrière les manipulations de ces trois experts drapés dans l’habillage des droits humains se cache une offensive politique à l’échelle internationale contre les peuples et les États qui défendent une vision républicaine de la cité.

François Legault ne semble pas maîtriser tous les paramètres de ce débat complexe aux ramifications internationales larges et multiples. Certes, c’est un homme de bonne volonté. Mais cela ne suffit plus.

Dans l’état actuel des choses, il s’agit, surtout de comprendre et de mesurer les impacts réels du choix de son gouvernement. En refusant de s’aligner sur le multiculturalisme canadien, le Québec est perçu comme un État qu’il faut à tout prix «recadrer». Rien ne lui sera épargné.

C’est le Québec qui a été interpellé par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, il revient donc, ici, à notre ministre, Simon Jolin-Barrette de faire-valoir notre héritage et nos aspirations laïques. C’est la voix du Québec, celle de son peuple, de son Assemblée nationale, qui doit répondre au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour rappeler une évidence: seul un État laïque est en mesure de garantir le respect des droits fondamentaux.

Djemila Benhabib, écrivaine

Trois-Rivières