L’auteure de cette analyse se penche sur l’image du chef libéral Justin Trudeau lors de la dernière campagne électorale fédérale.

Savoir négocier la vague politique

OPINIONS / L’auteure, Carol-Ann Rouillard, est doctorante en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle est également membre du Groupe de recherche en communication politique.

Le début de la dernière semaine de campagne laissait entrevoir les pires lendemains pour le Parti libéral du Canada. La machine bien rodée et efficace a permis de faire sortir le vote et de limiter les dégâts. Les derniers mois auront cependant mis en évidence un manque sur le plan communicationnel: arriver à maintenir l’image du chef qui avait été vendue à la population lors de l’élection précédente.

Une question d’image

En 2015, l’équipe libérale a misé sur des valeurs progressistes et une promesse de renouveau politique – la différence Stephen Harper était évidente – pour vendre son chef à la population. Règle générale, le début du mandat de Justin Trudeau reflétait cette image: premier conseil des ministres paritaires, allocations beaucoup plus généreuses aux familles à faible revenu, accueil des réfugiés syriens, etc.

Mais comme dans tout exercice de gouvernance, il y a eu des décalages entre ce qui avait été offert et les décisions qui ont été prises. C’est à ce moment que se présente le réel défi pour l’équipe de communication qui ne doit plus seulement proposer une vision attrayante du chef, mais également démontrer de quelle façon les actions du premier ministre se conforment à l’image de marque dépeinte en 2015.

Certes, l’actualité de la dernière année de mandat a rendu la tâche plus ardue: l’achat du pipeline TransMountain, l’affaire SNC-Lavalin et le «brownface» sont difficilement des sujets qui concordent avec des valeurs d’intégrité, d’inclusion et une préoccupation sincère pour les changements climatiques.

Rendre des comptes

Pour être en mesure de préserver une vision crédible et sincère à l’aube d’une campagne électorale, un premier ministre qui aspire à être réélu doit répondre à la question suivante: comment mon parti a-t-il contribué à améliorer le Canada au cours des quatre dernières années et comment le fera-t-il s’il est de nouveau élu?

Pour ce faire, il fallait par moments sortir des propositions génériques toutes faites et dresser le bilan du travail qui avait été fait. L’équipe de communication semblait plutôt avoir du mal à créer un contact avec l’électorat et à présenter une plateforme qui saurait rallier la population.

Pour bien des gens, le tableau environnemental de Justin Trudeau se résume à l’achat d’un pipeline. Or, les experts vous diront que c’est faux. Pour un enjeu aussi important, on aurait cependant cru que le parti chercherait à se vanter de ses réalisations, mais il ne l’a pas fait.

Un rôle à incarner

Dans une étude approfondie du compte Instagram de Justin Trudeau, la chercheure Mireille Lalancette (UQTR) et le chercheur Vincent Raynauld (Emerson College) ont pourtant décelé une volonté de la part de l’équipe libérale de présenter l’image d’un premier ministre à l’écoute de la population, près des gens, et d’une personne travaillante, apte à gouverner le pays en conformité avec les valeurs promises en campagne électorale. Le PLC aurait eu avantage à transposer cet exercice dans les autres sphères publiques tout au long du mandat, et plus particulièrement au moment de solliciter le vote des Canadiennes et des Canadiens.

On blâme souvent la population pour son faible intérêt envers la chose politique, mais on oublie parfois qu’elle a besoin d’un minimum de concret pour justifier son choix au moment de voter. La victoire ou la défaite électorales ne devraient pas reposer uniquement sur des machines capables de faire sortir le vote et de présenter un chef lorsque la fatigue du gouvernement précédent se fait sentir.