Rues conviviales: oui, mais pas n’importe comment

OPINION / L’auteure, Valérie Renaud-Martin, est conseillère municipale du district des Carrefours à Trois-Rivières.

J’étais vraiment heureuse qu’on puisse annoncer un projet de rues conviviales à Trois-Rivières, s’inspirant de l’initiative de la Ville de Sainte-Julie. Bien que tous les critères ne soient pas totalement définis pour l’instant, il n’en demeure pas moins que je considère ce projet comme étant un outil de plus pour agir dans les rues des quartiers résidentiels où les citoyens m’interpellent sur des problématiques reliées à la circulation.

Ce projet peut devenir quelque chose de très positif, à condition qu’il garde sa nature, soit de répondre aux besoins des citoyens, et que l’on se fie à eux pour nous en faire la démonstration. J’ai en tête des rues bien précises, où les gens sont déjà mobilisés et demandent régulièrement que l’on intervienne pour améliorer la cohabitation de tous ceux qui utilisent leur rue: automobiles, marcheurs, enfants qui jouent, etc.

La clé du succès de ce projet, la Ville de Sainte-Julie l’a bien identifiée. C’est d’ailleurs ce qui, à la base, m’a accrochée lorsque j’ai vu ce projet au congrès de l’UMQ en 2018 et lorsque j’ai discuté à nouveau avec leur directrice générale adjointe récemment. Pour qu’un tel projet fonctionne, il faut aller au-delà de la théorie, et qu’on implique les citoyens. Sans la participation, la responsabilisation et l’acceptabilité sociale d’une grande majorité de résidents des rues ciblées, il n’y a pas de projet. Il faut donc miser sur un concept nécessitant l’engagement et la mobilisation des gens, tout en permettant la sensibilisation de ces derniers.

Mais comment fait-on ça? En demandant simplement aux citoyens d’une rue de s’impliquer, de s’inscrire en expliquant les raisons de leur démarche, et d’obtenir l’engagement des deux tiers de leurs voisins et voisines. Lorsque le taux est atteint, c’est à ce moment que l’on procède à l’installation d’une signalisation thématique nichée dans des bacs à fleurs installés au centre de la rue afin de créer un aménagement favorisant une réduction de la vitesse des automobilistes tout en embellissant le secteur. Sainte-Julie a implanté la première rue conviviale de ce genre en 2017, et depuis, elle n’a pas cessé de faire évoluer son projet en fonction des constats faits au fil des mois avec leurs citoyens.

Il n’est pas dit que l’on ne puisse pas avoir un projet à notre image, par exemple en ayant une signature qui nous est propre, ou en modifiant les aménagements choisis. Mais ce qui est important pour moi en tant que représentante des citoyens, c’est qu’ils soient consultés, réellement, et que ce soit eux qu’on implique dans le processus. La liste s’allonge de projets qui ne répondaient pas aux besoins réels des gens, et où les succès ont fait place aux échecs. C’est ce que je veux éviter, avec le projet de rues conviviales.

J’espère donc qu’à notre tour, comme ville, nous saurons tirer profit de l’expérience de nos voisins de Sainte-Julie, et que nous saurons implanter un projet dont les citoyens pourront être fiers.