Récemment, une campagne lancée par la SPCA de Montréal sollicitait les dix-sept commanditaires des rodéos de Saint-Tite afin qu’ils cessent de soutenir les événements.

Rodéos et Desjardins: un malaise pour nous aussi

L’auteur, Chrystophe Letendre, est bachelier en droit de l’Université de Montréal et étudiant à l’École du Barreau. La lettre est cosignée par 106 étudiants de différents milieux.

Récemment, une campagne lancée par la SPCA de Montréal sollicitait les dix-sept commanditaires des rodéos de Saint-Tite afin qu’ils cessent de soutenir les événements. Une demande justifiée, dans la foulée de la controverse: quelle entreprise souhaite voir son image associée à une «activité» à ce point polarisante, une qui transforme en spectacle l’exploitation animale? Depuis que les rodéos font les manchettes, même les moins sensibilisés à la cause admettent que de telles pratiques sont à la fois archaïques et inacceptables dans une société comme la nôtre. Cela même de manière instinctive, sans nécessairement s’enquérir des changements législatifs de 2015.

Sans se faire attendre, Hydro-Québec et la Société des alcools du Québec ont nuancé: les deux commanditaires ne financent pas les rodéos directement, mais d’autres activités du Festival western de Saint-Tite. La distinction est certes importante, mais l’empressement pour la souligner témoigne à lui seul du regard que porte une grande partie du public sur le sujet.

Pour sa part, le Mouvement Desjardins, qui soutient financièrement le Festival western de Saint-Tite depuis ses débuts – y compris les rodéos – est d’un autre avis. Appelée à s’expliquer, Josiane Bujold, porte-parole de l’institution, affirmait ceci: «Nous sommes conscients que des personnes peuvent avoir un malaise face à ce type d’événement. Cela dit, les autorités du Festival nous ont assurés avoir obtenu toutes les garanties nécessaires quant au traitement réservé aux animaux lors de rodéos. Nous n’avons pas de raisons de croire le contraire.»

Pas de raisons, sauf peut-être, le «malaise» soulevé ou encore, le rapport de plus de 600 pages commandé par le professeur de droit Alain Roy et réalisé par le vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun, rendu public le 11 avril dernier. Des mois de travail rigoureux et acharné, sans rémunération aucune sinon que la conviction de servir l’intérêt public. Curieux comment l’institution fait fi du produit de ce travail. Autant, d’ailleurs, que de la vidéo qui circule depuis un moment déjà et dont les images ont été captées à Saint-Tite l’été dernier. Alors que le gouvernement est sommé de prendre connaissance de ces preuves afin de se prononcer, Desjardins ne se sent de toute évidence pas concerné. C’est bien connu: le bien-être animal ne préoccupe que s’il est lucratif.

L’objet de la présente lettre n’est pas de savoir si les rodéos contreviennent bel et bien à la loi, mais de mettre en lumière l’attitude qu’adopte l’institution face à la controverse, soit une qui occulte les démarches légales et politiques par lesquelles on tente véritablement de répondre à la question. Faut-il rappeler qu’un comité consultatif a été créé uniquement à cette fin? En présumant des conclusions qui lui sont favorables, Desjardins revêt des habits de juge dans cette histoire.

Un manque de rigueur sur lequel il faut insister. «Chez Desjardins, dans un souci de bien commun, nous mettons tout en œuvre pour mériter et conserver la confiance de nos membres […]. Cette responsabilité exige honnêteté, objectivité, compétence et transparence ainsi que le respect des encadrements dans toutes nos pratiques d’affaires et des gestions», peut-on lire sur leur site officiel, sous le titre, tenez-vous bien, «Intégrité et rigueur». Quiconque fouille un peu remarquera aussi le terme «démocratie», apparaître ici et là, autre valeur chère à l’institution. Parlons démocratie alors: que pensent les membres de ce soutien financier? Cette question, Desjardins ne semble pas se l’être posée.

Rien de vraiment étonnant. L’institution elle-même n’était pas sans rappeler les retombées économiques des rodéos de Saint-Tite. Certes. Cet argument, s’il en est un, nous révèle néanmoins que la seule loi par laquelle Desjardins se sent lié est celle du marché. De là émerge un financement aveugle qui décrédibilise bien des vertus. [...]

L’intégrité, la rigueur, le respect de la démocratie et l’intérêt pour le bien commun dont se targue l’institution sont des concepts bien beaux en théorie, mais qui devraient être mis en pratique d’emblée, non pas seulement lorsque les projecteurs médiatiques sont braqués sur elle. Or puisqu’il semble que ses membres doivent dénoncer des comportements sur la place publique pour que lesdites valeurs soient respectées, puisse cette lettre transformer les promesses de Desjardins en actions.

Chrystophe Letendre (bachelier en droit, UdeM, École du Barreau)

Cosignée par

Chloé Surprenant (École du Barreau); Frédérique Bouvier (École du Barreau); Cara Parisien (École du Barreau); Marie-Laure Généreux (École du Barreau); Jade Gallay (droit, UdeM); Gyneth Gloria Kozub (candidate à la maîtrise, droit notarial, UdeM); Julien Desoer (droit, UQAM); Élodie Frappier (candidate à la maîtrise, droit notarial, UdeM); Anthony Breton (droit, UdeM); Émilie Paquin (École du Barreau); Xavier Girard (École du Barreau); Michèle Chénier (École du Barreau); Mélissa Lessard (École du Barreau); Vincent J. Carbonneau (droit, UdeM); Jessica Zegarelli (École du Barreau); Marie-Hélène Houle (École du Barreau); Geneviève Millie Lacroix (École du Barreau); Émilie Benoit (éducation, UdeM); Annie-Pier Babineau (École du Barreau); Audrey Roch Genest (École du Barreau); Caroline Lange (éducation, UdeM); Maxime-Oumar Brassard Samson (École du Barreau); Gabrielle Taillon (droit, UdeS); Frédéric Quintal (École du Barreau); Joany Brunet Turgeon (droit, UdeS); Sabrina Lacroix (École du Barreau); Salvatore Taidon (candidat à la maîtrise, Common Law, UdeM); Angéline Fournier (droit, UdeS); Camille Savard (droit, UdeM); Marjorie Gauthier (École du Barreau); Marc-Antoine Bigras (droit, UdeM); Amélie Rodrigue (droit, UdeS); Julie St-Louis (médecine vétérinaire, UdeM); Simon Dansereau (candidat à la maîtrise, droit notarial, UdeM); Frédérique Meloche (droit, UdeS); Matthieu Lauzon (candidat au doctorat, psychologie, UQAM); Trina Chen-Cormier (psychologie et sociologie, UdeM); Yann Harel (candidat au doctorat, neuropsychologie et cognition, UdeM); Benjamin Bousquet-Lemieux (candidat au doctorat, informatique cognitive, UQAM); Nicolas Goulet (psychologie, UQAM); Marie Véronneau (candidate au doctorat, psychologie, UQAM); Anna-Kim Léveillé (philosophie, UQAM); Jonathan Sasson (droit, UdeM); Camille Roy (éducation, UdeM); Emmanuelle Beaulieu-Handfield (candidate à la maîtrise, linguistique, UQAM); Michel Mercier (psychologie, UQAM); Évelyne Gauthier (candidate au doctorat, psychologie, UQAM); Angie Morin-Poirier (éducation, UdeM); Valérie Tremblay (École du Barreau); Gabrielle Bergeron (École du Barreau); Laurence Simard (droit, UQAM); Samuel Vallerand (philosophie, UQAM); Amélie Pier-Leclair (éducation, UdeM); Irina Gueorguieva (droit, UdeM); Léa Boutrouille (droit, UdeM); Gabrielle Leblanc (École du Barreau); Catherine Picard (biologie, UdeM); Catherine Lemieux (nutrition, UdeM); Catherine L’arrivée-Michaud (éducation, UdeM); Elisebeth Massri (droit, UdeM); Violaine Berthet (éducation, UdeM); Marylou Côté (droit, UdeS); Emma Teasdale (nutrition, UdeM); Amélie Arbour (nutrition, UdeM); Nicolas Thiffault-Chouinard (candidat à la maîtrise, droit des technologies de l’information, UdeM); Christophe Pagé (philosophie, UdeS); Virginie Marcoux (nutrition, UdeM); Florence Duval (nutrition, UdeM); Maxime Banville (psychologie et sociologie, UdeM); François-Xavier Lagacé-Bureau (psychologie et sociologie, UdeM); Mathieu Fournier (psychologie et sociologie, UdeM); Nadia Blostein (sciences cognitives, McGill); Alicia Tremblay (design de l’environnement, UQAM); Olivia Leduc (kinésiologie, UdeM); Catherine Chevrier-Mayer (arts visuels, Cégep du Vieux Montréal); Annie Lefebvre (relations industrielles, UdeM); Pierre Tircher (relations industrielles, UdeM); Louis Gabriel Pouliot (environnement et développement durable, UdeM); Olga Fliaguine (environnement et développement durable, UdeM); Saraounia Compère (travail social, UdeM); Clélia Pulido (littérature, UdeM); Catherine Bouton (psychologie, UdeM); Adrien Lamarche (sciences pures, Cégep Saint-Laurent); Clara Gendrillon (psychologie et sociologie, UdeM); Julie Langevin-Pépin (cinématographie, UQAM); Marie-Soleil Dostie (compléments de formation, UdeM); Rémi Hébert (sciences humaines, Cégep du Vieux Montréal); Ivar Alberto (technique de bioécologie, Cégep de Saint-Laurent); Sarah Beaulieu (anthropologie, UdeM); Geneviève Gendron (études cinématographiques, UdeM); Mathieu Loiselle (science politique, UdeM); Marie Soquer (science politique, UdeM); Sarah Morneau (traduction, UdeM); Émile Allaire-Côté (administration des affaires, UQTR); Axelle Playoust (sociologie, UQAM); Geoffroy Beaulieu (musique, UdeM); Anne-Sophie Roy (sciences humaines, Cégep de Maisonneuve); Yanick Péloquin (École du Barreau); Dina Akrma (droit, UdeM); Karine Bédard (droit, McGill); Jérémie Brault (candidat à la maîtrise, droit, UdeS); Jennifer Morzier (nutrition, UdeM); Justin Chenel (droit, UdeS); Marie-Anne Sirois (médecine vétérinaire, UdeS); Marie-Christine Plouffe (droit, UdeM); Francis Giguère (gestion des opérations, ESG); Salomé Aristizabal (psychologie et sociologie, UdeM).