L’auteur de cette lettre assure que les dentistes sont prêts à recevoir leurs patients en toute sécurité selon les nouvelles normes.
L’auteur de cette lettre assure que les dentistes sont prêts à recevoir leurs patients en toute sécurité selon les nouvelles normes.

Revoir son dentiste en toute sécurité

OPINIONS / L’auteur, Dr Carl Tremblay, est président de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec.

Avec la réouverture des cliniques dentaires ce lundi 1er juin, le réseau de la santé retrouve des acteurs essentiels. Les soins buccodentaires n’ont pas été délaissés au cours de la pandémie, puisque les dentistes ont continué d’effectuer les soins d’urgence sur tout le territoire québécois, prévenant ainsi des milliers de visites dans les urgences.

Votre dentiste et son équipe maîtrisent bien les normes d’asepsie, comme vous avez pu le constater dans la clinique que vous fréquentez. Ces normes, déjà élevées, viennent d’être encore rehaussées: les cliniques dentaires doivent désormais appliquer des dizaines de directives supplémentaires pour les soins buccodentaires, qui débutent avant même votre accueil jusqu’à votre départ.

Ces nouvelles normes entraîneront des changements très perceptibles pour vous et importants pour toute l’équipe dentaire. En voici quelques exemples:

- vous ne recevrez plus un simple message de confirmation de rendez-vous. La clinique devra vous joindre personnellement et vous soumettre un questionnaire avant votre arrivée en clinique;

- ce questionnaire vous sera soumis de nouveau à votre arrivée à la clinique et votre température sera prise avec un thermomètre sans contact;

- les salles d’attente seront transformées pour respecter les règles de distanciation physique;

- tous les patients seront accompagnés dans leurs déplacements pour éviter les risques de contamination et devront porter un masque ou un couvre-visage;

- le personnel devra porter de l’équipement de protection individuelle (EPI) supplémentaire;

- la ventilation de chaque salle opératoire devra être revue afin d’assurer une filtration de l’air à 99 % entre chaque patient;

- et plusieurs autres mesures encore.

Les cliniques dentaires pourront donc recevoir leurs patients en toute sécurité, mais ces nouvelles procédures d’asepsie nécessitent du temps et des investissements.

La sécurité a un prix

Toutes ces mesures engendrent des coûts considérables. Des coûts qui passent sous le radar dans l’immensité du système public, mais qui deviennent très significatifs lorsqu’ils doivent être assumés directement par les cliniques dentaires et les professionnels qui en sont responsables.

Est-ce que l’augmentation des coûts des cliniques se reflétera sur les tarifs des soins dentaires? La réponse est la même dans tous les domaines: en grande partie oui, malheureusement. Et cette situation est extrêmement dommage en cette période où, après plus de deux mois sans suivi buccodentaire, les besoins de la population du Québec sont plus grands que jamais. De surcroît, cela se produit dans un contexte économique difficile et incertain pour tous.

La hausse des coûts pour rendre nos services étant bien réelle, il reste au gouvernement à faire son choix et décider s’il considère que nos services sont essentiels pour la population du Québec.

Ce choix a déjà été fait quant à l’accessibilité à certains services (comme les garderies), et même pour des entreprises spécifiques. Selon nous, il faut faire le même choix en décidant que l’accessibilité aux soins buccodentaires est essentielle pour préserver la santé des Québécois.

Il est temps de couvrir les angles morts

Les soins buccodentaires ont un impact sur la santé globale de chaque Québécois, du plus jeune au plus âgé. Ils devraient être considérés comme des soins essentiels.

La pandémie de la COVID-19 nous aura permis de découvrir les angles morts, tolérés depuis trop d’années dans notre système de santé. Nous ne devons plus jamais fermer les yeux. Dès maintenant, et jusqu’à ce que des solutions satisfaisantes soient trouvées, il faut donner à ces enjeux toute l’attention qu’ils méritent. Et l’accessibilité du plus grand nombre à des soins buccodentaires de qualité en fait partie. L’accès à ces soins ne devrait pas être un privilège mais, au contraire, un droit dont tout citoyen devrait pouvoir se prévaloir.