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Retour médiatique vers le futur incertain

OPINIONS / Pourquoi se priver? Autant choisir le meilleur... Nous voyagerons donc dans le temps, à bord de la mythique DeLorean DMC-12, version hybride. Notre existence représente une fraction de microseconde du temps passé et futur…

Environ 3000 ans avant notre ère, l’invention de l’écriture a marqué la fin de la Préhistoire et le début de l’Histoire… La division du temps en quatre périodes historiques (Antiquité, Moyen-Âge, époques moderne et contemporaine) exprime l’idée de tournant, voire de désaveu des valeurs sociales de l’époque précédente.

En Allemagne, vers 1450, l’invention de l’imprimerie, attribuée à Gutenberg, marquera au début du XVIIe siècle, l’arrivée des publications périodiques. Peu après, la presse écrite monopolisera l’information de 1858 à 1950. Par la suite, la radio et la télévision s’accapareront aussi le marché des médias.

Depuis le début de l’Histoire, nous avons subi «quatre révolutions industrielles» en 250 ans, et ruiné notre terre nourricière en moins de 100 ans…

La «première», vers 1765, révèle la machine à vapeur alimentée par le charbon. Arrivent alors les réseaux ferroviaires et les premières ébauches des usines et des villes d’aujourd’hui.

La «seconde», vers 1870, marque l’apparition de nouvelles sources d’énergie comme l’électricité, le gaz et le pétrole, favorisant une nouvelle percée technologique. Le télégraphe, le téléphone, l’automobile et l’avion intègrent notre quotidien. Cette nouvelle société de consommation sera à l’origine de la pollution irréversible dont nous sommes victimes présentement. Trop occupé à faire du profit, personne ne s’est inquiété des conséquences néfastes sur l’environnement.

La «troisième», vers 1969, utilise la nouvelle énergie nucléaire (découverte en 1896) dont les déchets sont encore récalcitrants… L’’informatique (apparue en 1930) se développe à un rythme effarant. Les nouvelles technologies produisent des matériels miniaturisés. Les premiers automates et les robots font leur entrée. La recherche spatiale et la biotechnologie sont aussi en plein essor. Alors pourquoi ne pas investir dans la préservation de notre Terre, plutôt que de conquérir l’espace, pour fuir la pollution?...

La «quatrième», amorcée à la toute fin du XXe siècle, se caractérise par une fusion de technologies, qui brouille les lignes entre les sphères physiques, numériques et biologiques. L’étendue et la profondeur des mutations technologiques et sociétales transforment de façon exponentielle des systèmes entiers de production, de gestion et de gouvernance. L’avènement de l’intelligence artificielle sera de loin, le plus grand bouleversement de toute l’Histoire. Assisterons-nous, inconscients et irresponsables, à l’extinction de l’humanité, au profit de la transhumanité, sans considérer l’éthique?

Nous voici donc à la merci des GAFAM (acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) qui s’approprient la vie privée des Internautes. Ce réseau est devenu un danger pour l’entrepreneuriat et la démocratie. Les GAFAM sont des intouchables fiscaux américains valant plus de 500 milliards $, pendant que la presse écrite crie famine! Nos gouvernements, fédéral et provincial, jurent néanmoins que les médias traditionnels sont essentiels à une saine démocratie. Que dissimule ce double langage?…

Les journalistes devront-ils joindre les GAFAM, pour écrire à regret, de fausses nouvelles? Par exemple, dira-t-on que «Donald Trump construira un plafond autour de la Terre pour contrer les invasions extra-terrestres, ou que le Pape a épousé la fille du Dalaï-Lama et que leurs enfants ont choisi l’Islam, etc.»? Comme c’est désolant d’imaginer que ces inepties puissent être perçues comme des vérités… Pour réussir le passage à l’ère numérique, il faudra que le système d’éducation publique s’adapte, sinon l’information deviendra vite de la désinformation. L’Histoire continuera-t-elle d’enseigner la prudence dans le futur?

À l’heure des «fake news», la vigilance s’impose. Nos sociétés démocratiques sont fragilisées par l’information, abondante mais médiocre, diffusée sur Internet et les réseaux sociaux. La presse écrite doit donc continuer d’exister de façon éthique et professionnelle, en publiant de l’information vérifiée et vérifiable, basée sur des faits. Elle doit rester «libre» de diffuser des points de vue contradictoires, sans jamais prendre position. Elle ne doit pas être évaluée seulement en fonction de sa capacité à générer des profits, mais également selon son capital humain et son apport social. La presse et les médias ont formé, jusqu’à maintenant, le quatrième pouvoir d’une démocratie, succédant ainsi aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire… et devançant Internet…

La disparition de nos journaux écrits régionaux ferait sombrer notre communauté culturelle dans l’oubli et l’anonymat, en nous privant de notre liberté d’expression et de notre émotivité démocratique. Sommes-nous convaincus que «le futur sera meilleur demain»?… La plus grande innovation de l’Histoire sera-t-elle le «retour de l’humain vers l’humain»?

Denyse St-Onge

Trois-Rivières