La restauration de la plage elle-même est un jeu d’enfant selon l’auteur de cette lettre.
La restauration de la plage elle-même est un jeu d’enfant selon l’auteur de cette lettre.

Restaurer la Plage Idéale du lac à la Tortue: pourquoi pas?

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Depuis quelques mois, on peut lire dans Le Nouvelliste que des riverains du lac à la Tortue souhaitent pouvoir réutiliser la Plage Idéale, aujourd’hui fermée, pour la baignade et pour profiter de la plage sablonneuse pour des bains de soleil. 

Il s’agit là selon moi d’une demande légitime et tout à fait réalisable techniquement, d’autant plus que cette plage présente des conditions naturelles favorables qu’on rencontre peu dans la région.

À titre d’expert dans le domaine des lacs, j’ai eu l’occasion il y a quelques années d’effectuer une série d’études assez approfondies sur le lac à la Tortue, dont une portant sur l’hydrogéologie des rives, et de mesurer l’état réel de ce plan d’eau. De ces études en a décliné un Plan directeur dont une section traitait justement de la Plage Idéale. Répondant à la demande de la directrice du Département de l’environnement de l’époque, j’avais même déposé un plan détaillé de restauration de la Plage Idéale. La restauration de la plage reposait sur un certain nombre d’actions.

D’abord, il est essentiel de limiter et même d’exclure des abords de la plage les herbiers aquatiques qui sont favorables à la présence d’oiseaux aquatiques, puisque ceux-ci constituent une source de coliformes et indirectement de la dermatite du baigneur. De plus, les herbiers produisent de fortes quantités de matière organique qui s’échouent sur la plage et occasionnent une dégradation esthétique de la plage, en plus de dégager des odeurs nauséabondes lorsque cette matière se dégrade. La putréfaction de la matière organique entraîne aussi la présence de mouettes, une autre source de coliformes.

Le contrôle réel des herbiers aquatiques exige nécessairement l’extraction mécanique des racines et donc d’une partie des sédiments. Le contrôle des plantes aquatiques par recouvrement ne fonctionne pas. C’est un fait hyper documenté depuis plus d’une trentaine d’années grâce aux travaux expérimentaux réalisés en Europe, dans l’Ouest canadien et dans plusieurs États américains, dont le Minnesota.

La restauration de la plage elle-même est un jeu d’enfant. Il faut tout simplement la rehausser par une recharge de sable en quantité suffisante pour éviter que la nappe phréatique ne vienne resurgir en surface et détremper le sable, créant du coup des conditions favorables au développement de bactéries nuisibles. Le tout pourrait être refaçonné par un aménagement paysager adéquat typique d’un environnement de plage. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que la qualité de l’eau du lac à la Tortue serait suffisante pour supporter des activités de contacts comme la baignade.

La perte des herbiers aquatiques au pourtour de la plage n’aura que peu d’impacts sur la faune compte tenu de leur omniprésence au lac à la Tortue. Rappelons que ce dernier doit en partie son existence aux activités de dragage qui y ont eu lieu jusqu’à il y a une centaine d’années. Il y a tout lieu de croire, c’est ce que les données suggèrent, que le développement des herbiers aquatiques n’est qu’un retour du lac à ses conditions initiales. Ce qui n’a rien à voir avec la présence des riverains.

Évidemment, l’obtention des permis auprès du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) est nécessaire et même obligatoire. Une des conditions préalables exigées par le MELCC pour l’émission de permis pour des travaux en milieu aquatique consiste à présenter un Plan directeur de lac qui vient soutenir et justifier les travaux proposés. À ma connaissance le lac à la Tortue est un des lacs qui a été le plus étudié au Québec, de sorte que les données existantes sont suffisantes pour répondre adéquatement aux exigences du MELCC.

L’arrondissement de Verdun à Montréal vient de créer une plage de toutes pièces sur les rives du Saint-Laurent. Les permis ont été obtenus avec pourtant bien moins de données environnementales du secteur. Comme quoi c’est possible lorsque les choses sont bien faites.

Les dizaines de millions de dollars récemment investis pour mettre en place un réseau de collecte des eaux usées autour du lac ont été justifiés pour redonner le lac aux riverains. C’est tout de même surprenant que la seule plage digne de ce nom au lac à la Tortue soit maintenant fermée. Ce l’est d’autant plus que les infrastructures d’accueil sont en place (bâtiment, stationnement, piste cyclable).

Redonner aux Québécois l’accès aux lacs est une priorité de la Politique québécoise de l’eau. La privatisation des terrains riverains crée des conditions difficiles pour atteindre un tel objectif. C’est aussi dans ce contexte que la restauration de la Plage Idéale se justifie.

Pierre Bertrand, M.Sc.
Saint-Mathieu-du-Parc