Bryan Perreault
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Reprise des spectacles en salle: un cas de conscience

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / L’auteur, Bryan Perreault, est directeur général et artistique de Culture Shawinigan.

Récemment, on m’a interpellé sur le plan de réouverture de Culture Shawinigan dans le contexte de l’annonce selon laquel le maximum de personnes présentes dans un lieu de diffusion passait à 250 au lieu de 50. J’ai choisi de rassembler mes idées et de vous les exposer dans ce message. Dans ce cas-ci, vous méritez que j’approfondisse la question et que je vous explique ma position.

Outre les problèmes de billetterie, de ressources humaines, de programmation, de précarité économique et d’adaptation des lieux, je me trouve confronté à un problème personnel éthique. En tant que capitaine de Culture Shawinigan, j’assume la responsabilité du navire et le bien-être de ses occupants, je suis imputable des décisions de la corporation et endosse pleinement et entièrement mes erreurs comme mes bons coups. Et c’est précisément là que le bât blesse, car je prends sur moi la sécurité de nos usagers et je me refuse à décharger cette responsabilité sur quiconque.

Après l’éclosion que nous avons vue à Shawinigan, les images de cette morgue installée derrière le CHSLD où s’entassaient les corps des aînés, je demeure profondément ébranlé, voire tout à fait sous le choc. Nous avons collectivement une responsabilité envers nos concitoyens et c’est au nom de cet engagement que je me questionne sérieusement.

Le spectacle vivant mérite de revivre, mais pas au prix d’une seule vie humaine. La culture doit reprendre sa place au cœur de nos existences, mais sans se transformer en danse macabre. Il va de soi que des accidents peuvent survenir sur une scène ou dans une salle de spectacle, personne n’est à l’abri du destin.

Cependant, ouvrir une installation comme le Centre des Arts de Shawinigan et endosser la responsabilité d’une contamination communautaire dans ma ville, de dommages collatéraux supplémentaires alors qu’on nous annonce une deuxième vague à l’automne, n’est pas dans mes fonctions. Si j’ouvre, je risque de vivre le reste de mes jours avec la certitude que je suis l’unique responsable de la mort d’un grand-père, que j’ai privé un enfant de son parent ou que j’ai causé des souffrances menant peut-être des gens à l’hospitalisation. Pourquoi ce risque? Pour quelques mois sans humoristes, pour encore des semaines sans théâtre, pour un automne morose et sans couleur? Le déplaisir de l’ennui sera compensé autrement.

Voilà où j’en suis à l’heure actuelle dans ma réflexion qui sera à la base des décisions que je prendrais, avec notre équipe, pour la direction de Culture Shawinigan cet automne. Notre été d’activités en distanciation sociale est un succès de fond, de forme et de respect envers les citoyens. Ce n’est que lorsque je serai en paix avec ma conscience que Culture Shawinigan annoncera son plan pour l’automne.

Merci de m’accorder encore un peu de temps.