Répercussions post-épidémiologiques

OPINIONS / «En avril, ne te découvre pas d’un fil.» Cette phrase moralisatrice prend tout son sens alors qu’un autre mois de confinement s’amorce pour les Québécois. En songeant aux mesures strictes imposées par le gouvernement ces derniers temps, j’ai réalisé qu’un climat de crainte sociale s’était naturellement installé dans nos mœurs collectives. Des gens qui reculent promptement à la vue des autres, des gros yeux lorsque quelqu’un ose tousser ou éternuer sans crier gare, jusqu’à la fermeture d’à peu près tout ce qui impliquait des contacts physiques ou des proximités. C’est là que nous en sommes actuellement dans cette situation jamais vue auparavant.

Comprenez-moi bien, ces mesures extraordinaires sont adéquates et nécessaires, cette rigidité imposée demeure la seule façon de passer au travers de cette tempête et de voir la rive, au-delà des hautes vagues houleuses. Nous naviguons tous ensemble dans un but collectif: éviter les naufrages autant que possible, et pour que la majorité d’entre nous garde la tête hors de l’eau...

Sautons dans le temps, avançons ensemble et imaginons-nous les jours meilleurs. Lorsque toutes ces péripéties ne seront que des anecdotes autour de la machine à café, et qu’elles provoqueront, avec du recul, des réflexions et des rires. Quand ce jour tant attendu se lèvera, qu’arrivera-t-il de nos relations interpersonnelles? Verrons-nous le retour des accolades, poignées de mains, becs secs, baisers et autres marques d’affection et de salutations? En toute franchise, je le souhaite fortement. Je crains que notre société ne reste marquée à jamais par ce virus historique. J’entends des gens dire que les poignées de mains, c’est fini à jamais pour eux, f-iii-nnn-iii! Les désinfectants et nettoyants étant désormais considérés comme les «meilleurs amis» de plusieurs. En cette ère où chacun d’entre nous réapprend à compter jusqu’à 20, aurons-nous le courage de nous retoucher, ou de nous rapprocher sans aucune crainte lorsque cette pandémie ne sera qu’un mauvais souvenir? Je pose la question et vous laisse avoir votre propre réflexion à ce sujet.

Les plus optimistes parlent de semaines, les gouvernements comptent les semaines, et certains experts prédisent une ou des années afin de clore le dossier pour de bon. Honnêtement, ni vous ni moi ne détenons de boule de cristal pour connaître le dénouement de la crise et surtout sa date précise. (De grâce, si vous détenez une boule de cristal, désinfectez-la et faites-nous signe!) La fin, nous l’attendons et nous y rêvons tous avec impatience. Au-delà du rêve, j’ai espoir que nous retrouverons nos relations amicales, amoureuses et familiales, comme nous les avons laissées, en mars dernier, lorsque tout a chaviré dans nos vies respectives. Qu’un jour, l’inquiétude laissera sa place à la réjouissance. Car tant qu’on aura de l’amour, ça va bien aller, ça, vous le savez déjà.

Collectivement, je nous souhaite qu’après avoir tout savonné, nous puissions reprendre contact avec nos réalités si chères. Entre d’autres mots, après le blanchissage viendra la célébration de la victoire! Nous réalisons ces temps-ci la grande valeur de nos libertés individuelles, celles-ci n’ont tout simplement pas de prix. Aussi, nous réalisons à quel point il est difficile de se manifester de l’amour à distance, bien que la technologie le favorise. Croyez-moi, nous vaincrons… cela dit, je n’écarte pas la possibilité d’aller en prolongation, mais nous vaincrons!

Comme mot de la fin, je clamerais haut et fort ceci: assurons-nous que cette infection virale ne nous enlève pas la vitalité de nos relations si chaleureuses, car notre peuple est proche, se serre les coudes... et les mains!

William Richard

Trois-Rivières