Réinventer nos vies en temps de confinement

OPINIONS / Les auteures, Emmanuelle Jasmin, Marie-Josée Drolet et Annie Carrier, sont ergothérapeutes et professeures à l’Université de Sherbrooke et à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

«Il est possible fortement que la façon de faire, avant la COVID-19 et après, va être différente.»

– Horacio Arruda, directeur de la santé publique du Québec, 29 mars 2020.

En cette période de pandémie, le constat est manifeste : nous, les êtres humains, avons généré un désastre sanitaire, humanitaire et écologique. Cécile Aenishaenslin, professeure en épidémiologie, nous le révélait récemment dans une lettre d’opinion parue dans Le Devoir. Nous sommes responsables de cette pandémie, causée par la destruction massive des milieux naturels, les changements climatiques et la pauvreté. Ainsi, le remède aux pandémies n’est pas que médical, pharmacologique : il est également social, politique, économique, occupationnel. Puisqu’elles font partie du problème, nos occupations, surtout au sein des pays développés et des milieux favorisés, doivent être mises en question plus que jamais, d’autant qu’elles peuvent aussi contribuer à la solution.

Apprécier la Nature et en prendre soin

Intuitivement et scientifiquement, nous savons que la nature est essentielle à notre santé globale. Nos diverses occupations doivent impérativement en prendre soin. Au-delà de notre responsabilité individuelle, les décideurs politiques de tous les paliers gouvernementaux ont un rôle majeur à jouer. Entre autres, ils pourraient : restreindre l’exploitation des ressources naturelles, interdire les produits agricoles néfastes et investir davantage dans des secteurs d’activité et des emplois bénéfiques pour l’environnement, comme la protection des milieux naturels, le reboisement des forêts, le verdissement des quartiers, le développement de transports actifs et collectifs, ainsi que la conception de parcs. Par ailleurs, ils pourraient créer des lois pour réellement réduire les émissions des gaz à effet de serre.

Considérant les bienfaits de la nature sur la santé humaine, les décideurs politiques pourraient également rendre davantage accessibles les activités en relation avec la nature, comme le jardinage, la promenade en forêt ou la balade en canot. Collectivement, il nous faudra, bien sûr, d’abord reconnaître la valeur de la nature,et bénéficier d’espace et de temps pour l’apprécier.

Promouvoir une vie équilibrée

Nous aurons aussi à remettre en cause le surinvestissement du temps dans le travail, particulièrement quand il vise la surexploitation et la surconsommation de ressources. Nous devons repenser nos occupations à l’aube d’une économie circulaire plutôt que linéaire. La crise actuelle est la preuve éloquente qu’un modèle économique linéaire n’est pas viable. Nous aurons à prendre en compte, dans notre économie et nos occupations, les capacités et les limites de régénérescence de la Terre et de ses ressources naturelles. L’accroissement de la richesse financière et sa répartition injuste ne peuvent reposer éternellement sur la surexploitation et l’appauvrissement des milieux naturels et des populations vulnérables. Il en va de notre paix sociale. Chacun d’entre nous (décideurs politiques, employeurs, travailleurs) peut promouvoir une vie plus équilibrée, plus saine, plus juste et plus respectueuse de la nature. Par exemple, est-ce vraiment nécessaire que les centres commerciaux soient ouverts le dimanche? Diminuons notre temps de travail, ralentissons la cadence productiviste, consacrons-nous davantage à d’autres sphères de vie, comme l’amour, l’amitié, la famille, l’éducation, la politique, le bénévolat, l’art, la spiritualité ou l’activité physique, adoptons des lois et des politiques qui favorisent ce ralentissement. Notre santé globale, individuelle et collective, et notre planète s’en porteraient mieux.

Confinés dans notre demeure, nous voilà face à nous-mêmes. Ce temps de confinement peut être propice pour faire un grand ménage intérieur et pour réinventer nos vies de façon à ce que nos occupations s’harmonisent mieux avec nous-mêmes, les autres et la nature. Et si cette pandémie faisait naître une nouvelle révolution tranquille: la révolution occupationnelle?