Selon l’auteur, si les chasseurs avaient seulement la moitié du «poids social» des policiers, il n’y aurait pas de registre sur les armes à feu.

Registre des armes à feu: sympathie ou complaisance?

Drôle de période dans laquelle on vit. Manger de la viande est de plus en plus mal vu, alors imaginez si vous êtes le barbare qui abat un animal à la chasse et qui se photographie avec un cadavre.

Je crois qu’il est socialement préférable de dire que vous êtes un avocat qui défend des criminels «haut de gamme», donc qui s’enrichit légalement avec de l’argent obtenu illégalement, plutôt que de dire que vous gagnez difficilement votre vie en travaillant dans un abattoir et que votre tâche consiste à éviscérer des animaux.

Le registre sur les armes à feu est selon moi en grande partie issu de cette perception et aussi de la complaisance du monde politique et journalistique envers les victimes de tueries. Je tiens à préciser ici la très grande distinction que je fais entre la complaisance et la sympathie. Être sympathique à une cause, c’est vouloir la faire avancer tout en conservant son objectivité et son bon sens, ce qui n’est pas le cas de la complaisance.

Demandez à un policier s’il est en faveur du registre, il vous répondra que oui, que cela va l’aider dans son travail. Demandez-lui s’il est intéressé de porter une mini caméra pour filmer son travail, il ne vous répondra pas que cela va l’emmerder, qu’il risque de devoir changer son comportement et que cela pourrait diminuer des gestes de violence voire des crimes. Non, il vous répondra et je cite ici le magazine L’Actualité de février 2019, page 54; on l’a essayé et «les coûts sont trop élevés pour les résultats obtenus».

Quelle belle phrase dans les oreilles d’un propriétaire d’arme à feu. C’est exactement ce que pense chacun des chasseurs du Québec à propos du registre.

Si les chasseurs avaient seulement la moitié du «poids social» des policiers, il n’y aurait pas de registre sur les armes à feu.

Il n’y a, à ma connaissance, que trois registres qui visent de façon obligatoire les biens matériels des Québécois: le registre foncier si important qu’il est géré par des avocats, des notaires et des arpenteurs, l’enregistrement des véhicules routiers et celui des armes à feu. La grande différence entre les deux derniers est que les automobiles ont une durée de vie très limitée comparativement aux armes. Les autos de vos grands-parents sont probablement devenues des boîtes de conserve alors que leurs armes dorment encore dans un placard quelque part et qu’elles changeront de mains et de localisation des dizaines de fois avec les générations à venir. Fort à parier qu’elles entreront et sortiront plusieurs fois de ce registre. Allô la fiabilité.

Ceux qui connaissent le rasoir d’Occam savent que lorsqu’il y a plusieurs solutions à un problème la meilleure sera la plus simple.

Serait-ce trop simple de juste cocher une case signifiant la présence ou l’absence d’armes à feu pour chaque résidence du Québec? Chose qui pourrait se faire par le biais de votre assurance habitation ou de votre déclaration de revenus ou même dans les deux à la fois. Les policiers pourraient croiser ces adresses avec celles de personnes dangereuses, menaçantes etc. Ils auraient ainsi l’essentiel de l’information pour bien faire leur travail. Ce système aurait l’avantage d’être mis à jour beaucoup plus facilement et régulièrement que le registre actuel. À quoi bon savoir si vous êtes en face d’une Browning .270 ou d’une Winchester .300?

Saviez-vous que pour chasser le canard, votre arme ne peut contenir plus de trois cartouches, ceci probablement dans le but de lui laisser une chance de survie. Si votre dessein est criminel vous pouvez utiliser une arme qui contient légalement 5, 7, 10 et même 13 cartouches selon le calibre. Doit-on conclure que la vie d’un canard est plus importante que celle d’un humain?

Un bon chasseur se doit, dans un premier temps, de bien identifier son gibier puis trouver la meilleure cible. Les instigateurs du registre québécois sur les armes à feu feraient de piètres chasseurs parce qu’ils tirent sur tout ce qui bouge. Ils feraient cependant de bons bergers, guidant le troupeau en souhaitant que tous les moutons suivent sans poser de question.

En terminant je voudrais souhaiter sincèrement à toutes les victimes d’actes criminels et à toutes les victimes de violence sous toutes ses formes, un gouvernement qui sache cibler ses actions tant dans les programmes sociaux, dans l’éducation, ainsi que dans les mesures légales et fiscales afin d’apporter à chaque Québécois et Québécoise plus de paix, de sécurité et de fierté.

Benoit Soucy

Saint-Alexis-des-Monts