Mathieu Lizotte

Refonte du cours d’ECR: le chien n’a pas la rage

OPINIONS / L’auteur, Mathieu Lizotte, est enseignant du cours d’Éthique et culture religieuse à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. Il habite Bécancour.

Comme le veut l’adage, lorsqu’on veut noyer son chien, on dit de lui qu’il a la rage. Différentes personnes ayant critiqué le programme d’éthique et culture religieuse (ECR) ont appliqué cet adage de façon à en déformer malhonnêtement les fondements pédagogiques.

Au fil des ans, on a lu et entendu, notamment, que le programme visait à endoctriner les élèves au multiculturalisme, qu’il allait à l’encontre de la laïcité, qu’il faisait la promotion de la religion – voire qu’il s’agissait d’un magasinage de religion à la carte – et que le cours transmettait des stéréotypes aux élèves. Or, il semble que la stratégie des opposants à ce cours ait rapporté. En effet, le ministre de l’Éducation a annoncé une refonte en profondeur du cours d’ECR, diminuant au passage la place à la culture religieuse (qui ferait partie du thème culture des sociétés) et à l’éthique (qui serait un simple thème, plutôt qu’une compétence à développer).

Pour l’instant, très peu d’informations ont filtré quant aux motivations derrière cette refonte. Est-ce que les critiques susmentionnées ont finalement eu raison du programme? On peut certainement penser qu’elles ont joué un rôle. Or, quelle est la valeur de ces critiques?

Une posture empreinte d’objectivité et d’impartialité

D’abord, pour ce qui est de l’argument de l’endoctrinement au multiculturalisme, il faut savoir que les enseignants d’ECR ont un devoir de réserve différent de celui des autres enseignants. Le programme d’ECR stipule que l’enseignant doit faire «preuve d’un jugement professionnel empreint d’objectivité et d’impartialité [pour] ne pas influencer les élèves dans l’élaboration de leur point de vue». Suivant les fondements du cours, l’enseignant doit privilégier le questionnement des élèves afin de les amener à penser par eux-mêmes. Il est donc impensable qu’un enseignant puisse endoctriner ses élèves dans de telles conditions.

Laïcité et religion

S’il est une question intéressante, c’est bien celle de la place de la religion à l’école: dans une société laïque, quelle place devons-nous accorder à la religion dans nos écoles? Pour essayer de répondre à cette question, nous devons d’abord définir le concept de laïcité. On peut aisément s’entendre pour dire que la laïcité repose sur la séparation de l’Église (le pouvoir religieux) et de l’État (les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire). Un État laïc doit être neutre par rapport à la religion.

Or, la neutralité de l’État peut s’opérer en enseignant SUR les religions – et non en enseignant LA religion – sans prendre position en faveur ou en défaveur d’une religion ou d’une vision séculière du monde, comme l’athéisme. Afin d’éviter le relativisme voulant que tout soit équivalent, le programme actuel demande à l’enseignant de sortir de son devoir de réserve pour prendre position lorsque «la dignité de la personne ou que des actions proposées [par un élève] compromettent le bien commun». Par exemple, si un élève soumet l’idée que les femmes sont soumises aux hommes, l’enseignant doit intervenir et rectifier la situation.

Transmission de stéréotypes

Plusieurs personnes ont critiqué les manuels scolaires approuvés par le Bureau d’approbation du matériel didactique (BAMD). Par exemple, les images utilisées dans les manuels d’ECR, particulièrement celles qui sont dessinées et celles qui présentent des situations hors Québec, sont souvent porteuses de stéréotypes à l’égard des personnes croyantes.

Cette critique doit effectivement être prise en compte par les maisons d’édition et le BAMD. Néanmoins, elle ne permet pas de discréditer le programme dans son ensemble: le programme ne prescrit aucune image.

En outre, des études universitaires ont démontré que les enseignants d’ECR préfèrent produire leur propre matériel pédagogique plutôt qu’utiliser des manuels.

Cela dit, tant en ECR que dans les autres disciplines, il est important de représenter de façon juste la diversité ethnoculturelle, religieuse, genrée, etc. par des représentations analogues à la réalité, notamment pour encourager un sentiment d’appartenance à la société pour tous les élèves. De plus, cette façon de faire s’inscrit non seulement dans la finalité de reconnaissance de l’autre du programme d’ECR, mais aussi dans une approche pédagogique inclusive.

Pour une révision des contenus

L’idée que le cours d’ECR doit être actualisé ne date pas de l’annonce du ministre Roberge. Par exemple, en mai 2017, des professeurs, chargés de cours, conseillers pédagogiques et enseignants en ECR (dont moi) ont participé à un colloque de l’ACFAS organisé par le Groupe de recherche sur l’éducation éthique et l’éthique en éducation qui s’intitulait «Le programme ECR: impasses et avenir».

Cela démontre l’ouverture pour revoir certains contenus, en ajouter et en soustraire. Toutefois, il serait hasardeux de détruire le programme, d’en modifier les compétences et les finalités ou d’en faire un cours fourre-tout.

Bref, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.