Selon Sylvie Tardif, les attentes envers le conseil municipal plus jeune et plus progressiste à Trois-Rivières sont élevées, car il pourrait enfin faire entrer notre ville dans le 21e siècle avec plus de démocratie, plus de transparence, plus de projets écologiques, plus de rencontres citoyennes. Cela pourrait, selon elle, ramener l’intérêt pour la vie municipale et stimuler le vote pour 2021.

Réflexions sur l’élection municipale 2017

L’auteure, Sylvie Tardif, est coordonnatrice de COMSEP. Elle a été conseillère municipale à Trois-Rivières de 2003 à 2013 et candidate à la mairie en 2013.

Dans un premier temps, j’aimerais mentionner que ce texte a été envoyé au Nouvelliste le 12 décembre, bien avant le premier vote sur l’adoption du budget de Trois-Rivières. Le texte n’a donc pas été écrit en réaction à ce qui s’est passé dernièrement au Conseil, mais il reflète plutôt une lecture à partir de mon expérience.

L’invitation du Nouvelliste m’offre l’occasion de sortir de la réserve que je m’étais imposée à la suite de ma défaite comme candidate à la mairie de Trois-Rivières en 2013. Je désire partager mes réflexions puisque l’élection de 2017 m’a permis de retrouver espoir en l’avenir dans le monde municipal. Bien que cette élection m’ait attristée par la défaite de certains de mes amis, comme progressiste, j’y ai trouvé plusieurs éléments pour me réjouir de victoires qui amèneront des avancées certaines.

Trois-Rivières: un conseil renouvelé et progressiste

Contrairement à ce que peuvent analyser certains chroniqueurs, la vague de social-démocratie qui a soufflé sur Montréal a aussi atteint Trois-Rivières. En effet, le nombre de conseillères et conseillers qui sont progressistes ou issus du mouvement social, communautaire et environnemental a augmenté de façon substantielle. Ils sont maintenant majoritaires au conseil municipal! 

En 2003, je fus la première et la seule issue du mouvement communautaire à être élue comme conseillère municipale. Lorsque j’hésitais à me présenter, l’ex-maire de Cap-de-la-Madeleine, Alain Croteau, m’avait convaincue d’y aller afin d’apporter mes préoccupations socio-économiques au centre des échanges du conseil. Il m’affirmait que des membres du Conseil pouvaient être sensibles à ces questions si seulement quelqu’un ouvrait la porte à ces problématiques. Il avait raison, car même en étant très minoritaire, j’ai réussi à réaliser des projets en ce sens. 

Imaginez les réalisations possibles, maintenant que tous ces progressistes sont membres du conseil! Le maire devra donc diriger de façon différente. Il n’a plus la majorité absolue comme lors de tous ses derniers mandats. À titre d’exemple, après seulement un mois les membres du conseil ont déjà adopté des résolutions pour la webdiffusion de leurs assemblées et sur les hydrocarbures. La webdiffusion avait été demandée depuis 2002. Une pétition avait même été déposée au maire au début de la fusion, demande répétée et refusée à chaque mandat. C’est dire la résistance qu’il y avait. Même chose pour les hydrocarbures. Même imparfaite, la résolution démontre une volonté d’envoyer un signal clair envers l’environnement. 

Le plus gros défi de ce nouveau conseil sera de fédérer tous ces progressistes dans des projets communs. Comme ces conseillers ne sont membres d’aucun parti, la réussite d’une cohésion durable est d’autant plus délicate à réussir. 

Durant le mandat de 2009, j’ai fait partie d’une équipe de conseillers, surnommé le Groupe des sept. Que de débats nous avons eus entre nous! Même si l’implosion de notre groupe fut dévastatrice avec la division des forces pour l’élection de 2013, nos réalisations furent intéressantes et nous étions minoritaires. Nous avons réussi à susciter l’intérêt aux questions municipales. Comme nous amenions régulièrement et publiquement des sujets en débat au Conseil, la salle publique était devenue beaucoup trop petite pour le grand nombre de personnes voulant assister aux assemblées. La population étant divisée à 50 % pour nous et 50 % pour l’équipe du maire, l’intérêt pour l’élection fut grand. À 57 %, le taux de participation au scrutin de 2013 fut le plus intéressant des dernières années pour une élection municipale à Trois-Rivières, contrairement à 47 % en 2017. 

Nos attentes envers ce Conseil plus jeune et progressiste sont élevées, car il pourrait enfin faire entrer notre ville dans le 21e siècle avec plus de démocratie, plus de transparence, plus de projets écologiques, plus de rencontres citoyennes et ainsi ramener l’intérêt pour la vie municipale et stimuler le vote pour 2021. 

Ailleurs en région

La réélection des maires Michel Angers à Shawinigan et Geneviève Dubois à Nicolet, deux progressistes reconnus, donne aussi l’espoir de développer des projets porteurs régionaux avec ces conseillers de Trois-Rivières. Michel Angers devrait prendre un leadership en ce sens.

Montréal et le plafond de verre

Une autre des grandes surprises de l’année 2017 fut l’élection de la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Contre toute attente, une femme issue du mouvement communautaire, progressiste et féministe a réussi à défoncer le plafond de verre de la plus grande ville du Québec. Combien de fois, lors de l’élection de 2013, ai-je entendu qu’une grande ville comme Trois-Rivières ne pouvait être dirigée par une femme issue du social. La population de Montréal nous démontre le contraire. Valérie Plante ouvre ainsi enfin la voie pour d’autres femmes dans n’importe quelle ville du Québec.

Reprendre contact avec la population du district

L’élection de 2017 fut pour moi un véritable remède à mon amertume envers la politique municipale. Le style de conseillère municipale que j’étais et le fait d’avoir perdu une élection à la mairie m’avaient rapidement rendue toxique pour bien des gens. Or, les circonstances m’ont amenée à m’impliquer dans la dernière campagne électorale dans le district de Marie-de-l’Incarnation. J’ai donc eu à renouer avec les gens que j’avais représentés pendant dix ans. Le fait de les revoir, d’entendre leur reconnaissance à mon égard ainsi que les jases chaleureuses m’ont rappelé toute ma légitimité et pourquoi j’ai tant aimé être leur représentante.

Au municipal, l’année 2018 aura sûrement ses hauts et ses bas; certains élus trébucheront, mais la présence en grand nombre de ces élus progressistes pourrait amener une toute nouvelle dynamique.