Réflexions sur le libre arbitre

Ce qu’on appelle «libre arbitre», ce qu’on appelle «volonté», ne sont que des vues de l’esprit. On entend souvent des individus affirmer qu’ils ont le «libre arbitre», qu’ils utilisent leur «volonté», comme s’il s’agissait d’espèces de bidules qu’ils traînent dans leurs poches, des bidules qu’ils utilisent au besoin.

«Volonté» et «libre arbitre» sont des notions, des concepts, des représentations intellectuelles, des images mentales, des constructions de l’imagination, etc. Enfin, ce ne sont pas des machins! Qu’est-ce qui fait qu’un individu agit d’une façon plutôt que d’une autre, qu’il agit d’une façon bien distincte, bien personnelle, à mille lieues de ce que nous croyons que nous ferions si nous étions à sa place? Ce sont les idées qui lui viennent à l’esprit, idées qui lui sont bien personnelles, qui ont leur source dans son vécu bien particulier, dans ses antécédents, son histoire personnelle!

Ces idées sont cause d’émotions qui mènent l’individu à agir. Dans cette séquence, pas de «libre arbitre», pas de «volonté»! Il faut souligner que, contrairement à notre façon d’exprimer la chose, les pensées nous viennent, on ne se les fait pas venir. Elles viennent quand elles le veulent et dire: «je pense» devrait être plutôt: «une pensée m’est venue»!

Les antécédents sont tout ce qui a fait qu’un humain est, ce qu’il est à un moment précis. Ceci comprend, entre autres choses, sa génétique, son milieu familial, son milieu social, les expériences qu’il a vécues, etc. Enfin, tout ce qui a formé son caractère, sa personnalité, toutes choses sur lesquelles il n’avait pas de contrôle!

Chaque humain réagit selon ce qu’il est, selon son vécu! Prenons le cas d’Alexandre Bissonnette qui a tué des musulmans en prière dans une mosquée de Québec. On peut se demander: «Mais qu’est-ce qui a bien pu lui passer par la tête pour qu’il agisse comme il l’a fait?» La réponse est: «Il lui est venu des idées qui ont engendré des émotions qui se sont traduites par les actes que l’on connaît!» Comptons-nous chanceux de ne pas être lui! Comptons–nous chanceux de ne pas être un de ces individus qui font régulièrement les manchettes des pages de faits divers du Nouvelliste! Une petite modification de notre vécu et ce serait moi, ce serait vous! Le système judiciaire se préoccupe peu, sinon jamais, de ce qui a pu amener des individus à agir comme il l’ont fait: «Quelle vie ont-ils eue? Comment sont leurs parents? Quel est leur quotient intellectuel? Leur instruction? Leur éducation? Leur état mental?»

Passons au «libre arbitre» et à la «volonté». Il est désolant et surprenant qu’après la publication des oeuvres de plusieurs grands philosophes, les recherches de psychanalystes, tel Freud, que les notions de «libre arbitre» et de «volonté» fassent encore partie du paysage, qu’elles n’aient pas été sorties du cerveau d’un tas de gens qui ont été «brainwashed» par vous savez qui! Qui doit-on croire? Un nommé Augustin, théologien, qui vers les années 400 de notre ère a inventé le «libre arbitre», créant du même coup une flopée de pécheurs, de clients pour l’Église naissante ou bien des gens instruits, des grands penseurs modernes tels Spinoza, Nietzsche, Freud, tels des philosophes québécois (Lucien Auger, Pierre Desjardins, Jacques Sénécal), français (André Comte-Sponville, Michel Onfray, Henri Laborit), anglais, américains, canadiens (Sam Harris, Lawrence M. Krauss, Richard Dawkins), etc.?

En résumé: «Pour être véritablement moralement responsables de ce que nous faisons, nous devons être véritablement moralement responsables de ce que nous sommes mais pour cela, il faudrait que nous ayons nous-mêmes intentionnellement causé ce que nous sommes, ce qui est impossible: ne pouvant être véritablement moralement responsables de ce que nous sommes, nous ne pouvons être vraiment responsables de ce que nous faisons.» (Florian Cova, Qu’en pensez-vous?)

On admet facilement que le coeur, les poumons, le foie, la vessie puissent se dérégler, mais on est surpris qu’un cerveau se dérègle... C’est tout à fait normal!

Le DMS-5, (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l’Association des psychiatres américains, comporte 947 pages et traite de 297 troubles mentaux!

Maurice Milot

Trois-Rivières