Quebec Solidaire spokesperson Manon Masse, left to right, Quebec Premier Philippe Couillard, Parti Quebecois leader Jean-Francois Lisee and CAQ leader Francois Legault participate in a youth-oriented event in Montreal, Friday, August 17 2018. THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes

Réflexions d’après-scrutin...

Ceux qui me lisent dans ces pages savent que j’aime bien commenter l’actualité et tenter de décortiquer ce qui se passe dans notre beau monde. Je ne dérogerai donc pas à mon habitude à la suite de la dernière élection. À Tout le monde en parle dimanche, les trois analystes politiques étaient d’accord que ce fut une campagne très décevante. «Sur le plan du contenu, c’était probablement la plus médiocre jamais vu», selon Luc Lavoie. D’après moi ce ne fut pas si pire que ça mais tous les chefs promettaient plus ou moins les mêmes choses.

Ce qui ressort c’est que les gens ne suivent pas la politique, n’analysent rien et que les programmes, si étoffés soient-ils, n’ont plus aucune incidence sur l’issue du vote. Les sondages font foi de tout et pourtant les sondeurs ont eu raison seulement avec le PQ et QS dans les intentions de vote. Les libéraux ont été élus en 2014 par dépit, la population ne voulant rien savoir de la charte des valeurs du PQ, sujet qui pourtant n’a pas encore été évacué et qui devra rebondir un jour. Aujourd’hui on élit la CAQ pour se débarrasser des libéraux qui nous ont imposé trois années d’austérité avant de distribuer la manne en fin de mandat.

Les gens n’ont plus de convictions. Il est ironique de constater que les résultats de cette élection sont inversement proportionnels à la performance des chefs en campagne. Monsieur Lisée a fait la meilleure campagne et avait le meilleur programme selon les experts et se retrouve bon dernier, notre parti se voyant pratiquement rayé de la carte. Manon Massé, que la presse a protégée et qui prônait un séparatisme d’extrême gauche qui n’a jamais été dénoncé, si ce n’est du bout de lèvres après la fameuse question de M. Lisée, a fait des percées même en province et se voit aujourd’hui la deuxième opposition. Monsieur Couillard s’est bien défendu mais le mal était fait.

François Legault, qui comme Mme Massé, a joué la carte du populisme démagogique et a présenté, bien souvent maladroitement, un ramassis d’idées qui ne tiennent pas toutes la route, se retrouve notre premier ministre. Avec une équipe glanée dans tous les partis, il se voit rassembleur et promet de consulter les autres partis. Ça promet d’être intéressant car il a été pour moi le plus ardent défenseur de la souveraineté lorsqu’il était au PQ et je le crois un vrai nationaliste.

Tous les chefs se sont montrés très dignes dans leur discours. J’ai bien aimé le réalisme de Jean-François Lisée qui, prenant le blâme pour la défaite de mon parti, a déclaré que la CAQ a été portée au pouvoir par un «courant puissant, irrésistible». Il a ajouté dans sa prose imagée digne du tribun qu’il est: «Pour l’emporter, il nous fallait remonter les chutes du Niagara à la rame mais d’autres travaillaient, dans nos circonscriptions pour nous arracher les rames», en référence à QS bien entendu. Pour moi c’est un manque flagrant de fair-play de la part d’un parti souverainiste envers un autre qui vise le même but. Mme Massé a livré un beau discours mais on aurait cru qu’elle venait d’être élue à la tête du gouvernement en mettant plusieurs fois François Legault en garde.

Il ne faut par perdre l’idée qu’il n’y a plus qu’un seul parti d’opposition officiel, car il faut avoir au moins 12 députés pour être reconnu comme parti officiel à l’Assemblée nationale. Peut-être que M. Legault, en bon prince, changera les choses. Philippe Couillard nous dit qu’il laisse la province en meilleur état que lorsqu’il est arrivé et se retire la tête haute. On constate que son parti, sans l’appui des francophones, est devenu seulement le parti des anglos. C’est triste à voir et je suis également désolé des résultats.

Je demeurerai toujours souverainiste et j’ai hâte de voir notre premier ministre défendre nos intérêts devant l’ennemi d’Ottawa.

Pour finir sur une note d’humour, qui est aussi une réflexion, cette élection me fait penser à cette expression inspirée de l’œuvre de Rabelais: «les moutons de Panurge».

Gaston Bouffard

Shawinigan