Réflexion sur le racisme systémique

OPINIONS / En cette période de remise en question sur le racisme à travers la crise de la COVID-19, je pose la question suivante: le problème du racisme est-il ce que l’on croit être? Loin de moi l’idée de nier l’existence même d’iniquités dans notre société. Je salue les manifestations qui visent à dénoncer la brutalité policière et je salue également les efforts de certains politiciens qui soulèvent la question et remettent à l’avant-plan ce problème qui dure depuis la nuit des temps. Je pense cependant qu’à défaut de mieux en comprendre la cause, nous risquons bien de mettre des énergies dans la mauvaise direction. Le problème n’est peut-être pas le racisme.

À la base du problème actuel se trouvent la peur et l’inconfort face aux changements. Qu’il s’agisse d’une peur justifiée ou non importe peu. Cette peur elle existe, elle est viscérale, elle se renouvelle sans cesse et à la moindre perturbation dans l’équilibre social. L’idée même qu’un groupe de personnes, peu importe la couleur de leur peau ou leurs origines, puisse penser différemment de nous, qu’il ait un système de valeurs différent, un Dieu différent ou des aspirations différentes nous fout la trouille tout simplement et c’est là que s’installe le jugement défavorable envers quiconque annonce cette perturbation dans le tissu social québécois. Il y a nous et il y a eux.

Le problème est à mon avis davantage lié aux différences culturelles qu’à la race. Ce n’est donc plus du racisme dans ce cas mais bien du «cultureisme» qui se traduit par un jugement défavorable envers autrui basé sur les différences culturelles. Voici un exemple pour illustrer cela. Tendant l’oreille dans un lieu public, j’ai entendu ceci: «François, ce n’est pas un noir?», demande un individu. «Oui mais lui, il est ben correct», répond le second. La question raciale n’était la source du jugement défavorable dans les faits mais plutôt le système de pensée du François aux yeux du premier individu. Le second l’a rassuré en ce sens comme s’il lui répondait: «Il est ok car il est comme nous, il pense comme nous».

Si le racisme est avant tout un problème de race, alors il n’y aura jamais de solution. La race d’une personne ne peut être changée. Seules les perceptions peuvent l’être et comme le problème perdure depuis toujours, ce ne sont pas quelques efforts ici et là qui vont changer les choses. Il faut plutôt aller vers la véritable source du problème: la peur des différences culturelles et ses effets sur nous-mêmes.

Considérant que nous sommes tous en mode solution, comment mettre fin au «cultureisme systémique»? Par l’intégration et l’inclusion, mais aussi le temps.

C’est avant tout parce qu’il est fréquent que se créent ou se maintiennent au Québec des sous-cultures que les jugements défavorables sont maintenus envers ceux que nous ne connaissons pas. Cette distanciation sociale de masse ne fait qu’amplifier la problématique du «eux» et «nous». Les quartiers à majorité juive, noire, musulmane, blanche, chinoise ou encore les réserves indiennes sont tous des bouillons de «cultureisme systémique».

Mieux comprendre l’autre, sa façon de penser, le chemin qu’il a parcouru, son ouverture vis-à-vis autrui et ses aspirations permet alors d’accepter les différences culturelles, voire même d’y voir au fil du temps des bénéfices. Mais pour ça, il faut se connaître, s’entremêler. Le gouvernement risque fort, au nom du progrès social, de vouloir imposer ses politiques. Toutefois, il n’est pas du ressort de l’ensemble d’une société d’acquérir en quelques années la compréhension et l’acception des différences culturelles d’un nouveau groupe ethnique qui fait son apparition au Québec ou lorsqu’un groupe est soudainement représenté de façon plus importante. La peur est souvent même amplifiée lorsque les gouvernements adoptent des politiques qui favorisent en apparence les minorités. Ce n’est qu’au fil de quelques décennies que peut se faire l’inclusion de nouveaux systèmes de valeurs dans le tissu social et la pensée collective. Brusquer les choses mènerait à l’échec. Déconfiner nos sous-cultures pourrait bien être vecteur de succès.

Je ne propose ici rien de concret et je le sais bien. Je pense qu’il y a des gens bien plus compétents que moi pour le faire. Toutefois, je pense proposer une piste qui permet de mieux comprendre la véritable cause des jugements défavorables basés sur la différence.

Gaëtan Bouchard

Trois-Rivières