Selon l’auteur de ce texte, notre peur et notre maltraitance de l’autre remontent à la nuit des temps, et c’est le premier déterminant de nos convictions et de nos actions.

Racisme et autrisme

Les débats tendus sur le «racisme systémique» n’ont rien démontré de neuf, bien qu’un nouvel opprobre et son vocabulaire semblent vouloir naître. Tout cela sur fond d’embrouillamini où beaucoup est amalgamé à son contraire pour ériger une chimérique troisième voie de reconnaissance de l’autre, celle visant à le diluer dans la magie du multiculturalisme. On vous accueille, mais vous devez faire l’effort de nous ressembler un peu, par reconnaissance.

Notre peuple est unanime sur le fait qu’il ne l’est pas et il me semble que l’air du temps s’assouplirait si on s’attelait quelque peu à colmater la boîte de Pandore que nous avons ouverte, à défaut de pouvoir la fermer entièrement pour les raisons qui suivent.

Notre crainte de la différence est inscrite au creux de notre psyché depuis des temps ataviques et même si les civilisations marchent depuis longtemps vers autre chose, la case départ n’est jamais très loin derrière, surtout quand ressurgissent des réflexes instinctifs. Il y a nos vœux pieux de façade, et il y a notre nature réelle, qui, qu’on se l’admette ou non, est demeurée allergique à tout ce qui la confronte.

L’ouverture envers l’autre est un baromètre du degré d’avancement des peuples. Paradoxalement, nos examens de conscience à répétition se produisent dans une société réputée très accueillante. C’est ce qui surgit de confronter nos devoirs de société moderne à nos réflexes individuels ancestraux. Avec pour troisième terme terrifiant un djihad armé planétaire, les esprits s’échauffent alors en groupe et on n’y voit plus très clair.

J’ai volontairement incrusté un néologisme douteux dans mon titre. Mon propos est simple et une laideur grammaticale peut servir de pense-bête. Notre peur et notre maltraitance de l’autre remontent à la nuit des temps, et c’est le premier déterminant de nos convictions et de nos actions. Un pigeon mauve est toujours rejeté. Les humains – et particulièrement les hommes – maîtrisent depuis toujours l’art de la méconnaissance de l’autre et de sa conséquente violence envers lui, envers elle.

Craignant toute forme de différence, l’homme a fait pour première victime sa propre compagne, a créé la première minorité visible de sa petite histoire, donnant ainsi son envol au plus profond et dommageable schisme de sa vie intérieure, maltraitant un aspect essentiel de son être plutôt que de le chérir comme ce que l’on possède de plus précieux et de plus équilibrant. C’est donc suprême ironie qu’aujourd’hui, la plus grande minorité visible de la planète soit en fait une majorité, puisque les femmes comptent pour 51 % de la population mondiale.

Exacerbés par un désolant antagonisme avec l’Islam, évitons d’étendre ce voile barbare sur les défis de tolérance que nous avions déjà avant de basculer dans cette époque. C’est difficile, mais la réputation de notre terre d’accueil le mérite. Nous vivons des temps complexes et décourageants dont les enjeux semblent dépasser la puissance que nous pourrions avoir à agir sur quoi que ce soit. Ces périodes difficiles nous poussent à faire migrer nos efforts vers l’individu s’observant lui-même, plutôt que vers le groupe, devenu ingérable par éclatement. La masse critique du bon sens doit se rétablir pour que la société s’enthousiasme à nouveau de ses projets et sente qu’elle a derrière elle l’essentiel de ce qui l’affligeait. C’est de la philosophie à cinq sous, mais je ne suis pas riche.

Faire des commissions pour tenter d’endiguer de mauvais réflexes a peut-être son pesant de bonnes intentions, mais les résultats obtenus semblent démontrer qu’on doive d’abord devenir plus sincères avec nous-mêmes, individuellement et socialement, qu’on doive cesser de s’en vouloir quand la vitesse des événements dépasse la nôtre. Il est normal d’avoir besoin de périodes d’acclimatation quand un contexte vient à peine d’apparaître dans nos vies, qui étaient restées monochromes depuis si longtemps.

Quand nous additionnons à notre peur de l’autre celle de nous reconnaître dans quelqu’un qui nous ressemble, par déni cette fois, nous voyons bien dans quelle condition pitoyable d’appréciation de quoi que ce soit nous nous trouvons! Le racisme n’est que de l’autrisme et c’est le moteur de plusieurs motivations, alors nous n’avons pas des problèmes de racisme, nous avons des problèmes d’humains, une créature qui craint la différence et qui est prête à beaucoup pour ne conserver que ce qu’elle connaît.

Le racisme n’est qu’un des nombreux autrismes qui affligent la nature humaine et l’empêchent de remplir sa nature.

Guy Buckley

Champlain