Qu’en est-il de la gestion des déchets nucléaires de Gentilly?

Lors de la récente campagne électorale québécoise, un dossier environnemental a été occulté totalement: la gestion des déchets nucléaires canadiens hérités dont font partie les déchets de Gentilly. Ceux-ci stagnent sur les terrains d’Hydro-Québec depuis 30 ans pour Gentilly-1, propriété du gouvernement fédéral, et depuis six ans pour Gentilly-2, propriété d’Hydro-Québec.

Pourquoi cette omertà nucléaire? À cause de la solidarité qui s’établit entre membres d’un cercle, en l’occurrence la confrérie uranifère et les gouvernements complices afin de sauvegarder des intérêts communs.

Le cas de Gentilly-1 a été dévoilé il y a deux ans, quand les Laboratoires nucléaires Canadien (LNC), successeur de Énergie atomique Canada (EACL) ont présenté leur évaluation d’impact environnemental préliminaire à la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) sur leur projet de construire un énorme dépotoir de déchets nucléaires à Chalk River en bordure de la rivière des Outaouais. Ce projet était accompagné d’un autre projet de mise en tombeau in situ de trois réacteurs dits prototypes, dont celui de Gentilly-1, au mépris des règles internationales en la matière.

Lors de la commission parlementaire de janvier 2013, après la fermeture de Gentilly-2 par le gouvernement Marois, Hydro-Québec avait reçu le mandat de trouver des moyens pour accélérer le processus de démantèlement. Il devait consulter des entreprises américaines expérimentées dans ce domaine. Il n’y a eu aucun suivi de leurs démarches: en 2014, le gouvernement libéral qui a succédé au gouvernement péquiste a tabletté le dossier et a laissé faire les responsables d’Hydro-Québec qui n’ont trouvé rien de mieux que de reporter jusqu’en 2060 – en catimini et sans justification – la phase 3 du démantèlement de G-2 par nos générations futures... Funeste héritage des écocidaires atomiques légué à nos petits-enfants!

Ce dossier radioactif et dramatique a fait les manchettes en Outaouais durant l’été: les 21 et 22 août: séance d’information, conférence de presse, manifestation citoyenne avant la réunion de la CCSN, requête au Vérificateur général. Ici au Québec: deux articles dans le Courrier Sud en juillet où l’on mentionne uniquement les déchets du combustible irradié (les plus nocifs) qui, après avoir séjourné 7 à 8 ans en piscine, doivent être entreposés à sec dans des Canstors jusqu’à leur transfert en Ontario dans 10, 20 ou 30 ans... Aucune mention des 700 transports inacceptables requis pour ce transfert sur des milliers de kilomètres à travers le Québec et l’Ontario. Aucune mention des déchets de faible, moyenne et forte activité qui, en période de dormance, stagnent sur place sous la surveillance du personnel en place et la supervision de la CCSN.

La compagnie SNC Lavalin, qui fait partie du consortium composant les LNC et qui a annoncé dernièrement un partenariat avec la société américaine Koltec, devrait être intéressée à obtenir ces contrats très lucratifs de la phase 3 en nous faisant miroiter des solutions rapides pour la gestion des déchets nucléaires canadiens. Il pourrait, par exemple, créer un partenariat avec Horizon environnement de Grandes-Piles qui se spécialise dans le traitement et confinement sécuritaire de sols contaminés et pourquoi pas utiliser l’une ou l’autre mines abandonnées québécoises (il y en a quelque 800 au Québec!) pour y enfouir cet encombrant et abject héritage que nous ne devons pas léguer aux générations futures. À Gentilly, Hydro-Québec devrait être acheteur de leurs projets.

Maintenant qu’on a un nouveau gouvernement, il est impérieux que celui-ci commande rapidement au gouvernement fédéral et à ses instances décisionnelles le démantèlement immédiat des deux réacteurs de Gentilly! Par surcroît, cela favoriserait le développement de l’emploi régional par l’injection de 5 à 7 milliards $ sur 10 ans.

Le nouveau gouvernement de la CAQ, s’il est moindrement «responsable», pourrait aussi prendre l’initiative de confier au BAPE la supervision du démantèlement total.

Philippe Giroul

Citoyen écoresponsable

Trois-Rivières

Jacques Dagenais

Intervenant privé depuis 1999 sur le dossier nucléaire canadien