Quelques précisions concernant IGA

OPINIONS / En réaction à la lettre de Jean-Claude Bernatchez intitulée «Que penser de la fermeture de l’entrepôt Loblaw à Laval?», publiée dans l’édition du mardi 18 février.

À la suite d’un article publié mardi dernier par M. Jean-Claude Bernatchez, professeur titulaire en relations industrielles à l’UQTR, je tenais à rectifier certains faits concernant le marché alimentaire québécois et canadien qu’il ne semble pas bien connaître.

Tout d’abord, un extrait de son opinion: «Sur le plan de la dépendance économique du Québec, Loblaw est un leader pancanadien du domaine de l’alimentation. Il contrôle Provigo. Dirigé de Brampton en Ontario, le groupe possède un réseau de magasins dans l’ensemble du pays. Il compte environ 200 000 employés. Il est dépassé en taille par le Groupe international IGA, lui aussi très présent au Québec et dirigé de Chicago. Le seul “grand” groupe d’appartenance québécoise dans le domaine de l’alimentation est la bannière Métro. En clair, le Québec s’éloigne de la déclaration formulée par François Legault peu après son accession au pouvoir “Si on veut être indépendants, dans le sens large du mot, il faut créer de la richesse au Québec”. Or, dans la fermeture de l’entrepôt Loblaw, la richesse se délocalise vers Cornwall en Ontario. Le Québec perd 550 emplois».

Concernant Loblaw, il a totalement raison. Par contre, il ne semble pas bien connaître la situation des magasins IGA au Québec, pensant même que nous sommes des magasins dirigés depuis Chicago aux États-Unis. C’est totalement faux et comment monsieur Bernatchez en est arrivé à cette conclusion?

L’appellation IGA vient effectivement de Chicago et cette dernière a donné le droit en 1953 à un regroupement de marchands indépendants d’utiliser le nom IGA au Québec afin d’avoir un certain pouvoir d’achat face à des chaînes corporatives. Fin du lien de IGA avec les États-Unis. Aucun sou n’est envoyé aux États-Unis et nous ne faisons jamais affaires avec le groupe IGA américain.

Aujourd’hui, IGA au Québec ce sont 295 magasins dont 95 % de ces magasins sont indépendants. Dirigés par des familles de propriétaires québécois. Nous ne sommes pas corporatifs ni franchisés, mais bien des marchands indépendants. Un marchand indépendant est propriétaire de son magasin. Nous avons un contrat d’approvisionnement avec un distributeur. Nous sommes affiliés, avec des balises à respecter.

Dans notre cas, notre distributeur est Sobeys Québec, bien établi au Québec. Sobeys Québec fait partie de la grande famille canadienne Sobeys, deuxième joueur alimentaire canadien, qui a son siège social en Nouvelle-Écosse. Les responsabilités sont divisées entre les deux partenaires. On a la liberté d’adapter l’offre de nos magasins aux enjeux de notre localité tout en bénéficiant de l’appui d’un grand joueur, canadien, dans notre cas. Chacun des magasins IGA indépendants a son siège social dans la localité. Même Metro, qui est québécoise, n’a pas autant de marchands indépendants au Québec. En Mauricie, les Paquette, les Baril, les Gauthier, les Giguère, les Naud, les Deschênes sont tous des marchands indépendants.

Monsieur Bernatchez affirme aussi plus loin dans son texte, concernant Loblaw, que le Québec est défavorisé au détriment de l’Ontario pour le développement de l’économie numérique et que «la robotisation de la manipulation des marchandises peut servir d’ancrage à d’autres expériences industrielles novatrices. Le Québec passe donc à côté d’une belle opportunité de modernisation industrielle».

Je ne dis pas qu’il n’a pas raison sur le cas de Loblaw. Par contre, je crois qu’il n’est pas au courant que Sobeys Québec a annoncé en mai 2019 l’ouverture d’un centre de distribution automatisé en 2021 à Pointe-Claire près de Montréal, avec la création de 1500 emplois. Sobeys Québec importe la meilleure technologie du commerce en ligne alimentaire du Royaume-Uni pour l’implanter au Québec.

En 2013, Sobeys Québec a inauguré un centre de distribution automatisé unique à Terrebonne, au Québec, pour desservir tous les magasins IGA du Québec. Même Metro n’a aucun centre de distribution automatisé au Québec et a commencé la construction d’un entrepôt automatisé en septembre 2019 à Etobicoke, en Ontario. Il y a peut-être un recul avec le cas de Loblaw comme le dit monsieur Bernatchez, mais IGA avec ses marchands indépendants du Québec et son partenaire Sobeys «créent une [très] belle opportunité de modernisation industrielle qui favorise grandement le Québec».

Francis Desrochers

IGA Des Chenaux Famille Paquette

Trois-Rivières