L’auteure de cette lettre se questionne sur la nécessité et l’efficacité des mesures de contrôle des insectes piqueurs à Shawinigan. Elle demande aux dirigeants de la Ville de cesser cette pratique inefficace et coûteuse et d’envisager des solutions moins dommageables pour l’environnement et l’écosystème.

Quelle mouche nous a piqués?

OPINIONS / Huit cent trente-cinq mille trois cent quatre-vingts dollars (835 380 $): c’est ce que ça coûte cette année pour l’épandage du BTI à Shawinigan, une bactérie réputée inoffensive, sauf pour les maringouins.

Une somme colossale, pour une Ville dont le budget est si serré qu’on dit qu’il n’y a plus de trous sur la ceinture pour la serrer encore plus. Et pourtant, depuis quelques années, les citoyens ont droit à cette dépense pharaonique.

Est-ce qu’un organisme indépendant a évalué le niveau d’efficacité du BTI à Shawinigan d’une année à l’autre? Non. Est-ce qu’au cours des dernières années, des études d’impact à moyen-long terme ont été réalisées au Québec, de l’utilisation du BTI sur le niveau trophique (les autres espèces)? Non.

J’ai appris il y a quelques jours, lors d’une conférence donnée par Brigitte Poulin, chercheuse, que des études (indépendantes) ont été menées sur l’épandage du BTI en France, à partir de 2007. Ce que j’y ai appris m’a scié les jambes. Une baisse de 33 % du succès reproducteur des vertébrés (oiseaux). Une diminution de 50 % des libellules et des demoiselles. Forte diminution des araignées. Une baisse de 30 à 70 % des autres espèces qui «bénéficient» de cet épandage. Plein d’autres données effarantes. Bref, l’hécatombe.

Pourquoi nous dit-on depuis des années que le BTI ne s’attaque qu’aux insectes piqueurs, alors que la situation sur le terrain dit tout le contraire? Paresse, naïveté, intérêt financier?

Et le principe de précaution là-dedans? Lessivé dans les cours d’eau, disparu. De son côté, le BTI, ai-je aussi appris lors de cette conférence, persiste plusieurs années après l’arrêt de son épandage, continuant à «fucker» toute la biodiversité.

Tout ça pour quoi? Pour le confort de quelques-uns? Hum. Si c’était efficace, que l’épandage n’entraînait pas de dommages collatéraux et qu’il était peu coûteux, oui, je veux bien. Mais aucun de ces éléments n’est présent, alors pourquoi persister dans cette voie?

D’autres municipalités ont résisté aux pressions des lobbyistes de GDG. Entre autres Saint-André-de-Kamouraska. Ils ont installé des pièges à moustiques. Ils ont eu l’intelligence de s’en prendre aux insectes piqueurs (et seulement à eux) là où ils nous incommodent, soit près des lieux habités. Pas dans les cours d’eau et dans le bois, là où le reste de la chaîne alimentaire n’a rien demandé. C’est une technologie qui émet du CO2 et qui imite la transpiration humaine. Il paraît que ça fonctionne. Les bidules ne sont pas donnés, mais ils coûteraient une fraction de ce que les citoyens paient actuellement et ils seraient aussi efficaces que le BTI.

On pourrait y associer une campagne de sensibilisation, une petite escouade qui sillonnerait les secteurs à problème pour informer les gens, les aider à réduire les lieux de reproduction des moustiques.

Nous ne sommes pas obligés de prendre la solution des pièges à moustiques. Peut-être qu’il existe d’autres solutions.

Pour l’instant, prenons un moment de réflexion, un moment de recul. Demandons aux dirigeants de la Ville de cesser tout de suite cette pratique inefficace, coûteuse et qui détruit notre environnement. Nous ne pouvons plus faire comme si nous ne savions pas.

Chantal Caron

Shawinigan