Pour l’auteur de cette lettre, l’enfouissement des sacs de plastique fait reculer le Québec d’au moins 25 ans.

Quelle mauvaise nouvelle, très mauvaise nouvelle!

OPINIONS / Nous avons appris par notre quotidien Le Nouvelliste que tous les sacs de plastique ne seraient plus récupérés ni recyclés, mais plutôt envoyés au Centre d’enfouissement sanitaire, au «dépotouère», comme on dit couramment. Cette décision de la part des gestionnaires du centre de tri nous fait reculer d’au moins 25 ans. Nous croulons sous nos ordures, nous sommes en train de nous y noyer et la seule solution que nous trouvons pour nous départir de cette peste que sont les sacs de plastique, c’est de les enfouir. Encore une fois, on met la poussière sous le tapis et elle y restera pendant plusieurs générations.

À mon avis, la solution dans la gestion de l’ensemble des déchets que chacun d’entre nous produit est double. En premier lieu, il faut cesser de considérer ces ordures comme des biens sans valeur. Il faut plutôt les voir comme des ressources réutilisables. À ce que je sache, tout ce qui est en métal est récupérable et recyclable. Le papier d’aluminium, la canette de boisson gazeuse peuvent être recyclés à l’infini. Ce sont donc des ressources, des richesses qu’il faut récupérer pour les remettre dans le système. Nous serons ainsi en mesure de moins faire appel aux ressources naturelles de toutes sortes pour produire du nouveau papier d’aluminium ou de nouvelles canettes. Et il en est de même pour le papier et le carton ainsi que pour les multiples contenants de plastique et de verre. Même les déchets organiques peuvent être récupérés et recyclés avantageusement. Il suffirait d’une volonté politique et sociale ferme pour que cela se réalise et cesser de vouloir mettre de l’avant les avantages économiques que certains pourraient tirer de cette opération.

En second lieu, il faut instaurer une politique de consigne sur tous les contenants de verre et de métal. J’aimerais qu’on m’explique pourquoi la canette ou la bouteille de Coca-Cola est affectée d’une consigne de 5 sous alors qu’une canette équivalente de Fruitopia ou d’eau Eska ne l’est pas. Où est la logique? Si le taux de la consigne n’est pas suffisant pour que le consommateur rapporte ses contenants vides, qu’on hausse cette consigne. Il devrait en être de même pour tous les contenants sortant des succursales de la SAQ, notamment les bouteilles de vin. On devrait même envisager une consigne de 1 $ sur chaque bouteille.

Au final, le tri des matières recyclables devrait se faire à la source, chez le consommateur lui-même. Oui, je sais, cela supposerait la multiplication des bacs de recyclage: un pour les matières putrescibles destinées à un centre de compostage, un second pour le papier et le carton, un troisième pour le métal, un quatrième pour le plastique et un cinquième pour le verre. En procédant ainsi, en me fondant sur mon expérience personnelle, le seul bac qui serait récupéré chaque semaine serait celui des déchets organiques. Les quatre autres ne nécessiteraient qu’une cueillette mensuelle. Cela faciliterait probablement le travail au centre de tri et permettrait une récupération de meilleure qualité, un produit ayant une plus grande valeur.

On va me dire que je rêve en couleurs, en trois dimensions et en 4K. Quand je regarde mes deux bacs, le gris et le bleu, je constate que dans le gris il y a peu de choses, sinon des ordures compostables. Dans mon bac bleu, si je sépare le métal, le verre, le plastique et le papier et le carton, je pourrais me satisfaire de quatre petits bacs, chacun ramassé une fois par mois.

En somme, nous pouvons socialement faire beaucoup mieux que ce que nous faisons actuellement et il ne faut absolument pas revenir en arrière en recommençant à enfouir certaines denrées ni embarrasser les pays étrangers avec nos ordures.

Pierre Auger

Trois-Rivières