Les joueurs de la LHJMQ doivent-ils être exclus de la Loi sur les normes du travail?

Quelle justice pour la jeune main-d’œuvre?

On apprenait la semaine dernière que l’ABI – toujours en lock-out – interjetait appel de la décision du Tribunal des droits de la personne qui déclarait que l’entreprise faisait preuve de discrimination salariale envers ses travailleurs étudiants.

Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale du Québec, la ministre du Travail faisait cheminer le projet de loi 176, « modifiant la Loi sur les normes du travail et d’autres dispositions législatives afin principalement de faciliter la conciliation famille-travail ». L’article 1 de cette loi exclut les jeunes athlètes qui fréquentent l’école de l’application desdites normes du travail. Ce que l’on doit comprendre ici, c’est que le gouvernement veut priver les jeunes joueurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) de la protection de la loi sur les normes du travail. Rappelons que les équipes de la LHJMQ sont des entreprises privées, dont certaines appartiennent à des corporations comme Québécor, Irving ou McCain. Dans l’état actuel des choses, hormis quelques joueurs américains, les joueurs reçoivent entre 70 $ et 150 $ par semaine de compensation financière. La Ligue, elle, génère des retombées économiques globales d’au moins 1,15 milliard de dollars, selon les données d’un rapport de Raymond-Chabot-Grant-Thornton. Une logique voulant que les jeunes constituent une main-d’œuvre bon marché, dont les droits ne seraient pas les mêmes que ceux s’appliquant à l’ensemble de la population, semble prévaloir dans ces deux situations.

Qu’une entreprise comme l’ABI, dont l’attitude actuelle en dit long sur le respect qu’elle porte à ses employés, fasse preuve d’un certain mépris face à la relève de la société ne nous étonne guère. Que le gouvernement du Québec en fasse de même devrait toutefois nous indigner. Gabriel Nadeau-Dubois déclarait à cet égard cette semaine qu’« il est inacceptable que, à la suite d’une rencontre privée avec les dirigeants de la LHJMQ, la ministre ait tout bonnement décidé d’exclure tous les jeunes athlètes québécois de la loi sur les normes du travail. Les jeunes sportifs québécois ont des droits ». Le porte-parole de Québec solidaire demandait à juste titre à la ministre de retirer l’article du projet de loi, afin d’entamer un vrai débat de société sur cet enjeu important.

Sur la base de quelles considérations devrait-on priver les jeunes de leur juste part du profit que de grandes entreprises réussissent à dégager grâce au travail de tous leurs employés? Un principe de justice élémentaire doit s’appliquer ici! Nous pouvons compter sur les tribunaux – du moins jusqu’à ce jour – pour faire valoir les droits des jeunes dans le cas de l’ABI. Pourrons-nous compter sur le gouvernement pour en faire autant dans celui des hockeyeurs? Tout comme l’ABI à l’échelle régionale, le hockey a valeur de symbole au Québec. Osons donc y espérer plus de justice.

François Poisson

Candidat à l’investiture pour Québec solidaire dans Nicolet-Bécancour

Christine Cardin

Candidate pour Québec solidaire dans Laviolette-Saint-Maurice