Que notre bataille commence!

OPINION / Il nous a à l’œil depuis un bon moment, ce cher virus. Il nous observait de loin et je l’imagine très bien sourire narquoisement en voyant tout le mal que les CHSLD et les hôpitaux se donnent pour le tenir à distance, armant leur personnel de masques chirurgicaux, de visières et de jaquettes. Je l’imagine très bien marcher avec nonchalance dans les couloirs des établissements de santé et tendre la main aux personnes de son choix. «Celui-ci est pour moi», dirait-il. «Voyons comment tu vas te défendre.» Cet ennemi invisible fait preuve d’une sournoiserie remarquable. Il contamine ses victimes sans un bruit, sans aucun avertissement et il patiente. Il sait faire preuve d’une grande patience avant de se manifester. «Après tout, plus je me fais silencieux, plus je peux me propager, non?» C’est avec cette stratégie qu’il parvient à infiltrer les établissements les mieux protégés. Il aime voir la peur et la nervosité dans le regard des gens, c’est cela qui le rend fort et dangereux. C’est bien connu: en état de stress intense, les gens sont moins prudents.

Aujourd’hui, ce cher ennemi invisible a jeté son dévolu sur un établissement de plus, celui où travaille ma mère. Il y est certainement depuis un bon moment, dissimulé dans l’ombre, attendant le moment parfait pour passer à l’attaque. Aujourd’hui, il semblerait que ce moment soit arrivé. Maintenant que bon nombre d’employés sont en arrêt préventif, affaiblissant ceux qui demeurent sur le terrain, c’est le moment pour lui de lancer les armes.

Travaillant moi-même comme aide de service dans un CHSLD, je peux vous affirmer que nos troupes sont épuisées, anxieuses et abattues par un système qui n’écoute pas nos cris de détresse depuis des années, mais une préposée aux bénéficiaires, une infirmière ou une aide de service n’abandonne pas ses résidents tout comme un soldat n’abandonne jamais la guerre.

Ce cher virus pense nous affaiblir en isolant la moitié de nos membres. Ce qu’il ne sait pas c’est que ceux-ci, qui sont en arrêt en raison de la maladie ou en raison d’une trop grande détresse, se rechargent à bloc et, en pensant à leurs collègues qui sont au front et aux résidents qui ont besoin de soutien, ils se font la promesse de vaincre cet ennemi. En ce temps de crise, il est indispensable d’unir nos forces et de nous montrer solidaires.

Aujourd’hui, au nom de mes collègues du réseau de la santé, et ce peu importe leur titre d’emploi ou leur région, j’aimerais m’adresser à ce virus. Voyons si tu vas être à la hauteur de ta réputation, COVID-19. Voyons qui va se mettre à genoux en premier. Mes collègues et moi? Ou toi?

Que notre bataille commence!

Arianne Pombert

Sainte-Ursule