Que c’est beau, l’amour...

Oui c’est beau l’amour, comme le dit si bien la chanson. Hélas ce n’est pas un sentiment qui est partagé par tous.

Un sondage est paru la semaine dernière, mais malheureusement il ne fut pas beaucoup commenté par nos médias et surtout nos politiciens frileux. C’est bien normal, ça touchait le Québec, la province la moins aimée du Canada.

Ce sondage mené auprès de 4000 répondants indique qu’une majorité de Canadiens du reste du Canada ne portent pas le Québec très haut dans leur estime. Nous sommes la province la moins aimée de la fédération. On démontre même une hostilité à notre égard. L’Ontario a un sentiment d’amitié de 12 % et le Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue au Canada, 13 %. «Cocus contents», comme le dit Claude Villeneuve, les Québécois leur accordent pourtant leur amitié à une hauteur de 42 % et 44 % respectivement.

Cinquante-trois pour cent des Canadiens considèrent que le Québec profite du Canada. Comme nous sommes les champions de «l’autodénigrement», 21 % des sondés québécois sont aussi d’accord. Tout cela à cause de la maudite péréquation dont la majorité n’y comprend rien. Sachez que la péréquation est une formule de redistribution de la richesse du Canada ayant pour but de diminuer le plus possible les disparités économiques entre les provinces ou, plus concrètement, de réduire les écarts du niveau de vie entre les Canadiens. Le Québec contribue à ce «pot» au niveau de 5 milliards $ annuellement. Comme l’argent est redistribué selon le prorata de la population, nous recevons 11 milliards de dollars, un montant duquel nous devrions soustraire les 5 milliards $ que nous y avons déjà investis.

Il ne faut pas perdre de vue également que nous payons 50 milliards $ par année pour garnir les coffres d’Ottawa et que nous payons de 20 à 25 % de tous les investissements ou dons qu’Ottawa verse aux autres provinces. Sachez, chers amis, qu’entre 2009 et 2011, Ottawa a subventionné l’industrie automobile de l’Ontario pour 9,7 milliards $, l’industrie pétrolière de l’Ouest pour 70 milliards $ depuis 1970 et, plus récemment, 1,6 milliard $US par année. L’hydroélectricité de Terre-Neuve a reçu une garantie de prêt de 2,9 milliards $ pour concurrencer directement le marché d’Hydro-Québec aux États-Unis et l’industrie navale de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique reçoivent 35 milliards $ de contrats étalés sur 25 ans pour créer 15 000 emplois. Sur ces 118 milliards $ consacrés à ces seuls quatre secteurs, au moins 25 milliards $ proviennent directement de la poche des Québécois.

Quand est venu le temps en 2015, d’aider Bombardier, avec la CSeries, c’est le Québec qui a investi 1,3 milliard $ pour sauver l’industrie. On connait la suite.

Croyez-vous toujours qu’Ottawa est généreux envers nous et que nous recevons plus que notre juste part? De toutes les provinces (5) et les territoires (3) qui reçoivent la péréquation, seule l’Ontario reçoit moins d’argent par personne que le Québec. Interrogé sur ce sondage, le premier ministre Justin Trudeau a laconiquement répondu: «Indéniablement, on voit une petite montée d’intolérance et de voix qui cherchent à semer cette discorde ou cette division.» Ne soyons pas naïfs: on ne parle pas ici d’intolérance mais tout simplement de mépris.

Nous avons été conquis, mais sommes restés de dignes Québécois. Nous continuons toujours de lutter pour la survivance de notre langue et refusons de renier nos racines. Est-ce un si gros péché? On nous a fait croire quelques heures en 1995 qu’on nous aimait mais depuis, le naturel est revenu. Au nom du multiculturalisme on nous demande d’être inclusifs envers les étrangers qui se pointent ici. Pourrions-nous tout au moins recevoir la même considération?

Gaston Bouffard

Shawinigan