Qu’apprend-on de l’expérience du socialisme en Égypte?

En 1958, Nasser nationalise la Compagnie du Canal de Suez. Outrée par ce geste, la coalition franco-britannique réagit et ce fut la guerre. À la fin du conflit, dans le but d’obtenir une indemnité de guerre pour tous les morts et toutes les destructions, Nasser s’empresse de nationaliser tous les avoirs étrangers: sociétés, banques, industries…

Le pays venait de basculer dans le socialisme. Mais pourquoi évoquer ici l’arrivée du socialisme en Égypte? Parce qu’il est possible de faire un parallèle frappant avec la philosophie de Québec solidaire (QS) qui, dans son programme, approuvé lors de son congrès en décembre 2017, proclame que le parti «vise, à long terme, la nationalisation de grandes entreprises».

En Égypte, Nasser s’empressa de promulguer la démocratisation de l’éducation en établissant la gratuité à tous les niveaux, y compris les universités et il promit un emploi à tous les diplômés. Chez nous, QS annonce aux élèves qu’ils auront la gratuité de l’école à l’université, voire jusqu’au doctorat, et envisage aussi le plein emploi ou un revenu garanti à partir de 18 ans. Dans les deux cas, on promet aux jeunes des lendemains enchanteurs qui font rêver!

Dans ses discours, Nasser se présente comme un fils du peuple. Il parle de liberté, de justice sociale, et il condamne les capitalistes. Ici, QS, parti de gauche, rejette aussi notre système capitaliste. Tous deux, Manon Massé et Nasser estiment que l’État doit intervenir pour «redistribuer la richesse et encadrer l’économie» (p.6), même si tous deux respectent la propriété et le capital privé en autant qu’il soit limité. Les similitudes étant nombreuses, examinons les résultats du régime nassérien.

Au début, la création d’emplois s’améliore, car les syndics nommés par le gouvernement à la tête des sociétés et entreprises nationalisées ont engagé dans tous les secteurs, beaucoup de monde, entre autres des universitaires, diplômés certes, mais sans expériences pratiques. Au bout de quelques années les entreprises nationalisées s’essoufflèrent et commencèrent à fléchir. L’État dut prendre la relève et jouer le rôle de développeur économique pour avoir des revenus. Et tatillonne sur tout, la bureaucratie étatique s’intensifia partout freinant une saine gestion.

De plus, les industries et les entreprises n’ayant plus de concurrence devinrent moins compétitives, moins productives, donc moins rentables. Nasser avait beau avoir promis aux travailleurs, pour les inciter à augmenter la production, la possibilité de toucher leurs parts de profits dans les usines, cela resta lettre morte et les salaires restèrent bas. La démotivation gagnait du terrain. Le contexte social devint de plus en plus tendu.

Il s’est créé alors une rupture entre l’idéologie du socialisme et la réalité vécue par le peuple. Une dichotomie palpable entre les belles paroles prônant l’égalité des chances et le peuple qui souffrait. Des voix s’élevaient et des leaders syndicaux s’agitaient. La dictature impitoyable se montra alors au grand jour. Les grèves étant interdites, les émeutes ouvrières furent durement réprimées. Suite à la restriction des libertés fondamentales et aux arrestations arbitraires, le monde des médias réagit et entra en conflit avec le pouvoir. Alors Nasser mit la presse au pas jusqu’à sa nationalisation. À sa mort en 1970, ç’a été l’effondrement et la fin du régime socialiste!

À mon avis, il y a du bon dans le socialisme comme il y a du bon dans le capitalisme. Mais il y a aussi du moins bon dans les deux systèmes. C’est le compromis entre les deux qui est gage de réussite. Avant donc de lancer des rêves, il faut réfléchir. Il n’y a pas d’utopies en économie!


Roger Greiss

Shawinigan, secteur Grand-Mère