L’auteur de cette lettre s’oppose vertement aux propos tenus par M. Ghyslain Parent dans cette page opinion.
L’auteur de cette lettre s’oppose vertement aux propos tenus par M. Ghyslain Parent dans cette page opinion.

Quand même!

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / En réaction à la lettre adressée au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge par M. Ghyslain Parent, professeur titulaire en sciences de l’éducation à l’UQTR, intitulée «Cours d’Éthique et culture religieuse: une bonne décision», publiée dans notre édition du 11 janvier dernier.

À lire: Une bonne décision, lettre publiée le 11 janvier.

Monsieur Parent écrit souvent sur la question religieuse et chaque fois je suis étonné de voir que, celui qui se présente comme un universitaire, ait des visions si étroites quand il parle de la laïcité, de la religion et du phénomène religieux.

Je ne veux pas me prononcer sur la pertinence ou non de maintenir le programme d’Éthique et culture religieuse. Ce n’est pas de ma compétence. Ce qui me dérange, c’est la manière d’envisager un état laïque où le fanatisme antireligieux viendrait remplacer ce qui a peut-être été, dans certains cas, du fanatisme religieux. Car les personnes croyantes, quelle que soit leur appartenance, auraient tout à craindre d’un état qui établirait ses lois et ses modes de vivre sur les idées prônées par le Mouvement laïque québécois, tant celui-ci est remarquable par son intolérance par rapport à tout ce qui sort de ses ornières.

Cette fois-ci, monsieur Parent fait passer ses idées dans la lettre au ministre en disant ceci: «les enseignants, s’avouant de plus en plus agnostiques et athées, étaient de plus en plus mal à l’aise à enseigner des contenus comportant des ‘‘délires religieux’’».

Plus loin, il ajoute: «Vous n’êtes pas sans savoir, monsieur le ministre, qu’au Québec, bien des parents et des familles sont entrés finalement dans ‘‘le siècle des Lumières’’ et ne fréquentent plus les lieux de culte et ont sorti toute bondieuserie de leur vie. C’est leur choix et le gouvernement doit en prendre acte».

Délires religieux, bondieuseries, voilà une manière bien réductrice d’envisager le phénomène religieux. Je ne suis pas certain que «le siècle des Lumières», tel que compris par le professeur Parent, réussisse à tout expliquer de l’être humain.

L’être humain est complexe et le phénomène religieux touche cette complexité. Il a accompagné toutes les civilisations dans leur recherche de sens. Personne d’un peu éclairé ne dira que la mythologie grecque, par exemple, n’a pas de sens. Elle a accompagné et accompagne toujours les études qui touchent l’anthropologie et les sciences de l’homme.

Mircea Éliade, historien des religions, a abondamment écrit sur le mythe dans les années 80. Par exemple, Le Mythe de l’éternel retour, ou encore Aspects du mythe, pour ne citer que ceux-là. Et celui-ci n’est qu’un représentant parmi les chercheurs sur le phénomène religieux dans les grandes universités européennes et américaines. Dans sa pensée, le mythe, est un essai d’explication du réel. Le mythe reporte les questions de la complexité humaine dans le monde des dieux et des origines pour essayer de les comprendre, de les expliquer et de donner sens au réel.

Pour ne prendre que l’exemple des religions chrétiennes fondées sur la Bible, plus personne d’un peu éclairé ne lira les textes de la Genèse comme de l’histoire au sens ordinairement compris. Dans la Bible, il y a des textes mythiques; il y a des légendes familiales (saga), il y a des poèmes, des prières, des textes de sagesse, des relectures de l’histoire, etc., qui doivent être lus comme tels. Les textes d’évangiles eux-mêmes ne sont pas des récits biographiques sur Jésus.

L’approche historico-critique, développée depuis le XIXe siècle, a permis de situer la composition des textes bibliques dans le contexte des grandes cultures du Proche-Orient ancien. Plus récemment, des approches nées de la linguistique, appliquent leurs grilles d’analyse aux textes bibliques. A.J. Greimas, par exemple, linguiste et sémioticien, pourtant incroyant, trouvait dans la Bible des textes incomparablement riches à étudier. Quand il est décédé, son éloge funèbre a été prononcé par un exégète catholique avec lequel il avait travaillé. En France, état pourtant bien laïc, ces choses sont possibles!

Il me semble qu’un universitaire sérieux ne doit pas traiter de «délires» et de «bondieuseries» ce qui touche le mystère du religieux et du spirituel dans l’être humain.

Je voudrais dire ceci à monsieur Parent: il y a des gens tout aussi intelligents que vous, d’autres universitaires entre autres, qui ont la foi et qui sont heurtés par votre intolérance et votre langage réducteur et impertinent.

Richard Rivard

Professeur retraité de l’UQTR

Trois-Rivières