Quand l’«extra-ordinaire» s’invite...

OPINIONS / Lumière à la bougie sous 12 degrés dans le salon, à l’orée d’une seconde nuit de pénurie d’électricité qui touche une bonne partie du Québec ce soir du samedi 2 novembre.

Ma petite famille a le cuir dur pour avoir vécu les colères de la météo sous d’autres latitudes, nous sommes donc sereins dans l’attente et l’acceptation.

Au troisième jour, nous prenons déjà des habitudes nouvelles: chauffer le café sur le brûleur à gaz aimablement prêté par une amie qui réside dans une zone alimentée de la ville, remplir d’eau chaude des bouteilles vides pour constituer des bouilloires salvatrices au confort, utiliser les dernières gouttes calorifuges du chauffe-eau pour ne pas se sentir dépérir en se savonnant énergiquement, partager des jeux de société et se réfugier dans la lecture pour s’évader vers d’autres horizons. Sylvain Tesson m’accompagne de son ouvrage «Dans les forêts de Sibérie» pour combler l’ennui, relativiser la situation et stimuler les neurones sous tant de poésie.

Il n’en reste qu’en consultant la carte interactive des pannes, sur le site d’Hydro-Québec, cette province si développée m’apparaît bien vulnérable face à quelques bourrasques qui n’auraient pas fait faillir la compagnie costaricienne d’électricité plus réactive lorsque Dame Nature se déchaîne dans le couloir étroit du continent américain où rien n’arrête les vents entre deux océans.

À chaque pays ses faiblesses et ses carences logistiques lorsque s’invite l’«extra-ordinaire», une façon de rendre un karma aux – gentilles – moqueries des Québécois lorsque la France s’arrête, submergée sous un pouce de neige...

Au soir du dimanche 3 novembre, les bois ramassés sur les trottoirs des rues de Trois-Rivières viennent remplacer le réchaud à gaz car il n’y a plus de bouteilles sur les étals de la ville. La casserole d’eau chaude sera donc plongée à même les flammes du foyer sur la terrasse car il ne faut pas faillir, jamais, au réchauffement du corps et de l’âme.

Joseph Baldi

Trois-Rivières