Le ministre de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx.

Quand le ministre se dérobe

Le taux de diplomation ou le taux de décrochage, les deux sont pénibles et font mal.

Le responsable de l’éducation au Québec se dégonfle. Ce responsable est ministre. Son nom: Sébastien Proulx.

Signes particuliers: 1) logorrhée, c’est-à-dire un flux de paroles inutiles et un besoin irrésistible, morbide, de parler pour ne pas répondre centralement aux questions; 2) l’esquive, c’est-à-dire se défiler pour éviter les coups. C’est vraiment un as de l’esquive que ce Sébastien Proulx. Ceinture noire dans les deux disciplines.

Le taux de diplomation est «actualisé» et mis au goût du jour. Facilité serait juste. Les parents préfèrent recevoir de bonnes nouvelles de leurs enfants à l’école. Normal!

En fait, depuis presque 25 ans, la diplomation a été facilitée par toutes sortes de mesures mécaniques: primes à la réussite pour les établissements; centres de réussite scolaire… Surtout simplification des examens et épreuves et «gonflage» des résultats.

Les élèves de cinquième secondaire de 1998 avec tout juste les notes de passage auraient réussi au-dessus de 70 % avec les épreuves de 2016-17. Et ainsi de suite en remontant dans le temps.

Les anciennes correctrices et correcteurs des examens écrits de langue française en auraient long à crier sur le sujet… mais, sont soumises à la stricte confidentialité (la même histoire que la «clause de loyauté envers l’établissement» qui impose le silence). «À peu près personne, disons 10-15 %, réussiraient les épreuves des années 70, 80, 90». C’est à ce prix que le Québec se paie des slogans comme «le niveau monte». Ça donne de bonnes nouvelles.

Plus que la diplomation, l’appauvrissement éducatif au Québec est à pleurer. Parce que ce qui nous est caché est grave, plus grave que ce qui nous est dit.

Encourager la réussite c’est très bien. L’encourager sans ajouter d’heures de formation et de prestation de personnel qualifié, d’enseignantes et enseignants supplémentaires à temps plein est une pure fumisterie, une vraie farce. Qui nous est inconnue tant les personnels sont soumis à la loi du silence. Exemple: vous n’entendrez personne affirmer que les critères de correction et d’évaluation baissent constamment et que ça n’a aucun sens. Si tu parles t’es OUT!

Il y a une joute irréelle présentement autour des taux d’irresponsabilité en regard de l’éducation. De la maternelle à la cinquième secondaire. Les constatations de décrochage scolaire et de diplomation sont extrêmement révélateurs de l’abandon de l’éducation par le présent gouvernement et les gouvernements précédents.

C’est la faute des parents et de la société qui ne s’en occupent pas assez. Quelle trouvaille! S’il était sérieux, il saurait remonter jusqu’à Lucienne Robillard (libérale) et Pauline Marois (péquiste) et autres ministres sbires.

Ainsi, «l’homme qui mitraillait les mots plus vite que sa pensée» garroche des phrases qui ne sentent pas bon. Normal quand on «se met le pied dans la bouche».

Bref, ce n’est pas depuis 30 ans que la population intéressée par l’école est trahie. Trente-cinq ans seraient plus exacts. Et, vingt ans (1998-2008) reflètent le plus dramatiquement le «lâcher lousse» du système scolaire.

Les parents et la société prennent les responsabilités que leurs conditions de travail permettent. Souvent les deux parents travaillent ou sont obligés de travailler.

Imaginez une école avec un horaire qui commence à 8 h 30 pour se terminer à 16 h 30. Avec les dîners santé et des cours-ateliers d’aide, soutien, relaxation, travail manuel, récréation, suivis, exercices à réaliser pour identifier les élèves en difficulté d’apprentissage et les référer aux personnes-ressources dans l’école, d’évaluation des forces-faiblesses pour aligner de possibles choix d’orientation future, de psychopédagogies, de psychologie patente, de kinésiologie, de loisirs, de support à ce que c’est que d’étudier, de développement de la mémorisation si importante pour vivre, d’assistance active aux devoirs à réaliser. La liste pourrait continuer longuement. Et, pour 1 $ investi dans les personnels, 0,87 $ reviendraient dans les coffres de l’État.

Hiérarchiquement, on a pensé faciliter la réussite par l’absence d’exigences et de rigueur et on est arrivé à diplômer à peine plus qu’un garçon sur deux. Comme quoi les moyens mécaniques sont carrément invalides dans le processus d’accouchement d’un talent humain.

Terminons en disant qu’entre 5 et 18 ans, un enfant-ado-jeune adulte sera en contact avec des profs à peu près 1000 fois plus qu’avec des médecins. Pourtant, on ne veut pas payer les profs pour TOUT ce qu’ils auraient à faire. On me souffle à l’oreille que ça n’arrivera jamais. Honte à qui pense de cette façon. Dites-vous bien que ce sont les milléniaux-millénariaux qui gèreront… tantôt.

Jean-Claude Soulard

Trois-Rivières