Quand l’armée espionne

OPINION / Il y a quelque chose qui m’inquiète dans ces rapports que les soldats de l’armée canadienne ont faits sur la situation dans les CHLSD de l’Ontario et du Québec. Comme d’autres, j’avais pensé que les soldats de l’armée canadienne étaient venus prêter main-forte aux travailleurs exténués et en nombre insuffisant de ces soins de santé.

J’avais pensé que ces soldats en répondant à l’appel des autorités sanitaires provinciales se mettaient sous l’autorité immédiate de ces mêmes autorités. Mais je crois que ce ne fut pas le cas.

Qui, donc, a autorisé ces soldats à faire un rapport de la situation dans les centres de soins de longue durée de l’Ontario et du Québec directement à leurs supérieurs qui les ont ensuite refilés aux autorités sanitaires provinciales de l’Ontario et du Québec et les ont rendus publics?

Qu’est-ce qu’ils ont trouvé, ces soldats, que nous ne savions pas déjà et qui faisait depuis plusieurs années l’objet de plaintes des premiers intéressés, les travailleurs de ces mêmes milieux?

Rien de nouveau. Sinon des cas particuliers dont on a tous les droits de se plaindre, mais qui ne relèvent pas de la situation générale.

La vérité, c’est que ces soldats se sont introduits dans les CHLSD et ont pratiqué ce qu’on doit appeler de l’espionnage pour le compte de leur maître immédiat: le gouvernement fédéral.

À partir de leurs constats, le gouvernement fédéral va tenter de se montrer le vrai protecteur des personnes en perte d’autonomie et va tout faire pour s’introduire dans ce secteur de juridiction provinciale parce que «lui, il peut faire un meilleur travail et vite...»

Le premier ministre Trudeau est déjà pressé de «dialoguer» avec les provinces et les territoires «pour voir comment on peut aider». Encore un domaine de juridiction provinciale où le fédéral veut intervenir.

Ce n’est pas toujours payant de faire appel à l’armée. C’était vrai en 1970. C’est encore vrai.

Claude Rompré

Shawinigan