Quand il ne nous reste que les mots

Lettre adressée à Messieurs André et Paul Jr Desmarais.

Mon nom est Pierre Dubois. Je suis retraité. J’ai travaillé pendant 31 ans pour les journaux Trans-Canada d’abord à l’hebdomadaire Le Pont de Grand-Mère, puis chez T-R Offset, jadis l’imprimerie du Nouvelliste de Trois-Rivières, et pendant 21 ans à La Tribune de Sherbrooke.

Durant toute cette période, j’ai occupé diverses fonctions autant de journaliste syndiqué que de cadre dans l’une ou l’autre de ces entreprises reliées au groupe Power Corporation. Je pense avoir été bien traité.

J’ai connu des succès et des insuccès. On a géré dans le domaine des journaux la décroissance au profit de la multiplication des moyens de communications tels que les stations de télé d’information continue et surtout l’Internet.

On a vu fondre le nombre de pages de nos journaux, on a accepté des gels de salaires, de réductions de personnel, des offres de départ à la retraite, etc. On voyait bien que les revenus étaient de moins en moins au rendez-vous.

Votre père, Paul Desmarais, a conservé La Presse et les autres quotidiens du groupe malgré les difficultés. Il savait avoir un levier social et politique fort sur le Québec avec ses publications.

Mais peut-être aussi qu’au fond de lui-même était-il reconnaissant envers le Québec de l’avoir «accueilli» alors que son Ontario natal lui avait fermé, dès ses premiers pas dans les affaires, les portes des grandes maisons de financement, et ce, pour le simple fait que son nom avait une connotation un peu trop française.

J’ai défendu les journaux du groupe. J’ai été reconnaissant d’avoir pu travailler tout ce temps. J’ai dit qu’on avait été quand même bien traité.

Je suis parti à la retraite à 63 ans avec un fonds de retraite assez ordinaire. Mais j’avais travaillé dans un milieu et avec des gens super créatifs et intéressants. Ça comptait pour moi. Rien n’était parfait mais j’étais satisfait dans l’ensemble.

Jusqu’au triste jour où vous nous avez abandonnés aux mains du Groupe Capitales Médias avec un fonds de retraite déficitaire de 65 millions $ alors que plus tard vous vous portiez garant et responsable pour celui des ex-employés de La Presse. Deux poids, deux mesures.

Illégal? Probablement pas. Immoral? Sûrement. Votre père doit se retourner dans sa tombe.

Pierre Dubois

Trois-Rivières