Quand est-ce qu’on arrive?

OPINIONS / Qui a fait un long trajet en auto en compagnie d’un enfant en bas âge connaît bien cette question: «Quand est-ce qu’on arrive?» On a beau lui répondre qu’on arrive dans deux heures, la question reviendra inévitablement au bout de dix minutes. C’est bien compréhensible, l’enfant n’a pas encore la notion du temps. Confiné et inconfortable dans son petit fauteuil, il ne sait que se projeter dans le futur rêvant de jouer.

Un parent avisé saura le ramener dans le moment présent en l’instruisant sur ce qui déroule devant lui, tantôt une montagne, tantôt une rivière, une vache etc. Il contribue ainsi à son épanouissement. Sinon voilà ce qui pourrait arriver.

L’enfant va grandir, faire de longues études et le voilà journaliste. Tout ce qu’il trouve maintenant à faire est de reformuler sa question: «Monsieur le premier ministre, dans combien de temps estimez-vous que ceci, que cela...?»

N’êtes-vous pas comme moi, tannés d’entendre cette question? Pourquoi vouloir faire de nos dirigeants des Augures? Serait-ce pour avoir la possibilité de les accuser ultérieurement de sorcellerie?

La différence entre planifier le futur et tenter de s’y projeter est énorme. Le premier cas se fait par l’intellect, le second relève selon moi beaucoup plus de l’ésotérisme, du hasard, de la religion et tout ce qui s’y rattache.

Bravo aux autres journalistes qui savent nous garder dans le moment présent en nous informant de ce qui se passe ici et dans le monde, qui posent des questions dont le but est d’aider à gagner cette guerre et non à générer plus d’anxiété dans la population ou d’essayer de se mettre en évidence en plaçant l’autre dans l’embarras.

Benoit Soucy

Saint-Alexis-des-Monts