Quand Bibliothèque et Archives nationales du Québec oublie d’être «Archives»

Depuis plusieurs années, c’est Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) qui tente de poursuivre les visées établies dès 1990 par les Archives nationales du Québec en matière de gestion des programmes qui touchent les archives privées, dont celui de l’agrément d’institutions habilitées ou «agréées» (SAPA). Ces SAPA, à titre de partenaires privilégiés de l’État, préservent, acquièrent, traitent, diffusent et rendent accessibles les archives de nature privée qui ont une valeur historique; ils sont une quarantaine œuvrant au cœur des 17 régions administratives du Québec. En 2018, les besoins du milieu des archives agréées représentent à peine 0,58$ par contribuable, par année. Peut-on croire que leurs exigences resteront lettres mortes?

Faute de moyens pour financer adéquatement ses programmes, BAnQ a décidé de changer les règles du jeu en juillet 2017. L’institution était-elle à ce point inapte à justifier, réclamer et obtenir plus d’argent auprès du ministère de la Culture et des Communications du Québec? Ou faut-il y voir un manque de leadership pour ainsi si mal défendre le volet «Archives» imputable à cette institution?

Bien qu’on puisse accorder à BAnQ la légitimité de la gestion des programmes qui touchent les archives privées, l’institution nationale entend-elle les échos des frustrations de plusieurs SAPA non-soutenus ou sous-financés? Actuellement, plus de la moitié d’entre eux ont subi des coupures par rapport à ce qu’ils avaient reçu dans le passé. Trois importants centres d’archives sont littéralement sous un respirateur artificiel. Quatre nouveaux joueurs n’ont rien reçu du tout.

Pour saisir toute l’injustice d’une telle évaluation faite uniquement sur «la performance», il faut connaître un SAPA de près; j’en connais deux. Leurs compétences et leurs emplois du temps sont mis en doute, et cela, par quelqu’un d’autre que leur propre employeur. C’est une aberration. En plus, il leur faudra faire plus avec rien, ou beaucoup moins qu’avant, s’ils espèrent rejoindre le peloton lors de la prochaine vague. Inconscience voire illogisme. L’agrément devrait, à tout le moins, comme par le passé, être accompagné, automatiquement et de manière récurrente, d’un montant de base adéquat comme aide au fonctionnement, sinon on encourage le maintien de ces institutions culturelles essentielles dans une malsaine et précaire incertitude. Une procédure déplorable venant de BAnQ qui dit vouloir favoriser une plus grande prise en charge des archives privées par les SAPA et les soutenir dans leurs mandats; curieuse façon d’encourager ses partenaires.

Il faut souhaiter que celles et ceux qui sont des assidus des salles de consultation de services d’archives agréés, susceptibles de subir le même sort dès 2020, sauront prendre la parole dans les médias et interpeller leurs députés. Nul n’est à l’abri du prochain couperet.

Suzanne Girard

Archiviste à la retraite

Trois-Rivières