Pyrrhotite: pour qu’il en reste du beau

OPINION / La pyrrhotite s’est incrustée dans ma vie, et celle de ma conjointe, il y a maintenant sept ans. Durant ces années, c’est-à-dire l’essentiel de notre trentaine, il s’est passé beaucoup de choses et la pyrrhotite a toujours été fidèle au poste comme un boulet dans nos finances et nos angoisses. Et, comme pour bien d’autres victimes, la pyrrhotite n’est pas le seul défi qui nous attendait sur la route. Heureusement, la vie nous a aussi donné deux magnifiques filles en santé durant ces mêmes années. C’est dans cet esprit que je caresse le projet, lorsque nous reverrons la couleur de notre argent, de me payer une magnifique toile de l’un de mes artistes préférés, Mario Adornetto. L’objectif étant que la pyrrhotite ne soit pas qu’associée aux malheurs que nous avons vécus, mais qu’il en reste aussi du beau. Malheureusement, comme je suis de la vague 2, j’ai bien peur de devoir attendre encore longtemps avant de pouvoir passer ma commande…

Le hasard faisant bien les choses, ce même Adornetto vient de peindre un félin représentant le financier Stephen Jarislowsky. Il a présenté son œuvre en l’accompagnant d’une citation de ce dernier: «J’ai toujours pensé que si vous croyez en quelque chose, cela devrait conduire à l’action.»

Happé par la beauté de l’œuvre et par la citation, et n’ayant pas les moyens pour l’originale à cause de la pyrrhotite, j’ai immédiatement commandé une sérigraphie du félin afin que ce dernier me rappelle quotidiennement la signification de cette citation dans le cadre de cette crise unique dans l’histoire du pays.

Tout d’abord, je crois fermement en notre cause et, comme victime, nous avons un rôle central à y jouer et cela commence par la mobilisation.

Ensuite, même si tout laisse croire que les 857 victimes de la vague 1 s’apprêtent à revoir plus de 200 millions de dollars, la victoire n’est pas acquise pour les vagues subséquentes et les gens coincés dans la zone grise. Il faut donc redoubler d’ardeur et prendre action!

Mais par-dessus tout, je crois plus que jamais que nous sommes tous doublement victimes: et de la pyrrhotite et des délais juridiques. Dans ces mêmes pages, le 14 juin 2014, j’écrivais un texte d’opinion qui s’intitulait: «Les victimes: de futurs Claude Robinson?». Malheureusement, dans bien des cas, nous sommes bel et bien sur le même interminable sentier que cet homme extraordinaire. C’est donc dire que malgré la rage et l’incompréhension que sa cause a suscitée au sein de notre société, la machine juridique n’en a tiré absolument aucune leçon. Et c’est inacceptable.

Du côté de la Cour criminelle, il a fallu l’arrêt Jordan pour administrer un électrochoc, mais il n’en est rien du côté civil. À ce titre, il est même permis de se demander si l’arrêt Jordan n’a pas amplifié la problématique du côté civil en détournant des ressources au profit de la Cour criminelle.

En bref, je souhaite de tout cœur que les victimes de la vague 1 revoient leur argent dans les prochaines semaines telles que le jugement de la Cour d’appel l’ordonne. Pour qu’il reste du beau de tout ça, je vous suggère de vous offrir une œuvre d’art afin de célébrer en beauté le détachement du boulet. Et, de surcroît, pourquoi pas d’un artiste québécois. Mais plus encore, avec le concours de l’ensemble des victimes de la pyrrhotite, afin qu’il reste du beau pour l’ensemble de la société, je suggère que nous nous mobilisions derrière l’idée de faire de notre cause l’électrochoc qui matera les délais juridiques du côté civil et qui sont tout simplement un outrage aux victimes.

Marc-Olivier Gagné

Victime de la pyrrhotite