Projet de loi sur la laïcité: soyons ouverts et vigilants

OPINIONS / Les sentiments sont à fleur de peau pour nombre de citoyennes et de citoyens face au dépôt par le gouvernement du Québec du projet de loi sur la laïcité de l’État. Nous soussignées et quelques autres membres du groupe régional de Trois-Rivières d’Amnistie internationale avons été pris à partie et pas toujours de façon élégante par des personnes qui, comme l’écrivait Boucar Diouf dans sa chronique de La Presse + du samedi 30 mars, mélangent religion, culture, race et identité.

Amnistie Internationale avec d’autres groupes de défense des droits a pris position dans ce débat: le Québec est assujetti à un certain nombre de normes internationales de droits humains qui doivent être respectées dans la mise en œuvre de nouvelles lois ou politiques. Vendredi dernier, notre directrice-générale, France-Isabelle Langlois a été claire: «les restrictions inscrites dans le projet de loi du Québec sont disproportionnées. Restreindre des droits fondamentaux sans motif raisonnable est dangereux pour notre démocratie».

Notre mission depuis plus de 50 ans, est de défendre les droits humains à travers le monde, soit le droit à l’égalité, à la liberté d’expression, de religion et à la liberté de manifester sa religion; ces libertés s’étendent à la manière dont les personnes choisissent de se vêtir. C’est ainsi que nous avons défendu le droit d’individus et de groupes qui ne jouissaient pas d’un grand soutien populaire au sein de leurs pays. Ce fut le cas dans certains pays d’Europe où on a cherché à interdire le port de signes religieux ostentatoires ou encore en Iran et en Arabie où les autorités ont fait le contraire. Amnistie internationale a toujours rappelé à ces États leur devoir de respect envers le droit international des droits humains.

Par ailleurs, Amnistie Internationale observe depuis plusieurs années une montée de l’intolérance envers les minorités religieuses, ici et dans plusieurs autres pays du monde. Les femmes musulmanes sont particulièrement ciblées. Il faut constater que le projet de loi québécois, présenté notamment comme un outil pour favoriser l’atteinte de l’égalité des sexes, produit plutôt déjà l’effet contraire pour ces citoyennes. Selon nous, le gouvernement québécois, par ce projet de loi, ouvre la porte à la discrimination à l’embauche et dans le maintien en emploi. En suggérant qu’il serait légitime de s’inquiéter du port de signes religieux dans certaines professions, le gouvernement cautionne insidieusement le doute quant à l’impact du port de signes religieux sur le professionnalisme des employés, en général.

Cela étant dit, nous ne voulons surtout pas priver les citoyens d’exprimer leur malaise face à certaines pratiques religieuses, loin de nous l’idée de restreindre le droit de parole! Il faut le faire de façon éclairée et ainsi permettre à tous de jouir de leurs droits fondamentaux, dont le droit à l’égalité, la liberté de conscience et la liberté d’expression.

Soyons vigilants comme en témoigne le poète et théologien allemand Martin Niemöller: «Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.»

Vickie Schnieder,

coordonnatrice

Thérèse Boutin,

responsable des communications

Amnistie Internationale

Groupe de Trois-Rivières