Prévenir le suicide en créant d’«autres chances»

OPINION / La semaine de prévention du suicide 2020 tire à sa fin. Au cours des derniers jours, une place importante a été accordée dans l’espace public pour parler de différents aspects du suicide.

C’est le cas de l’augmentation des hospitalisations des jeunes femmes à la suite d’une tentative de suicide ou de l’alarme qui sonne depuis trop longtemps au Nunavik. Il a aussi été question du soutien social dans les milieux de travail, du droit d’être malheureux et de l’accès universel à la psychothérapie, notamment.

La diminution du taux de suicide continue depuis le début des années 2000 et c’est un encouragement partagé sur plusieurs tribunes. On parle aussi, à juste titre, des liens entre maladie mentale et suicide. L’équation est nécessaire, mais insuffisante.

En focalisant trop sur les liens entre maladie mentale et suicide, on risque de croire que ça demeure un problème individuel. On perd de vue les suicides qui surviennent dans un contexte d’intimidation, de maltraitance, d’atteinte à la reconnaissance sociale et à la dignité humaine. C’est le cas de l’homophobie, de la transphobie, des préjugés blessants envers les personnes en situation de pauvreté, envers les Autochtones et bien d’autres. Ce sont des problèmes sociaux – et non individuels – qui se vivent dans des interactions sociales.

Des campagnes de lutte aux préjugés et à la discrimination font équipe avec des artistes et les résultats sont très pertinentes. Avec la chanson Make It Stop (September’s Children), le quatuor punk Rise Against s’est associé à la campagne «It Gets Better» qui lutte contre l’intimidation et l’homophobie. Plus près de chez nous, la chanson Désarmé jusqu’aux dents du groupe rap québécois Taktika, montre différentes formes d’exclusion, d’oppression et le besoin des personnes touchées d’avoir une autre chance. Elle se termine par le 1-866-APPELLE, la ligne téléphonique des Centres de prévention du suicide.

Nous avons tous le pouvoir de prévenir le suicide en créant ces «autres chances», de manière à faire une plus grande place à dignité et à la solidarité.

Philippe Roy

Professeur - École de travail social

Université de Sherbrooke