Préposés aux bénéficiaires, vous avez tout mon respect

OPINIONS / Une des particularités dans ce que nous vivons actuellement dans les CHSLD, qui avouons-le est difficile, n’est autre qu’une confirmation au-delà de ce qu’on soupçonnait. On savait parfaitement que nos institutions, nos systèmes, nos services n’étaient pas parfaits mais le quotidien nous ramène inévitablement à nos préoccupations personnelles.

Vivre dans le doute permet justement de modeler notre réalité selon nos perceptions et les ajuster au niveau de ce qu’on peut tolérer. J’ai une cousine qui a travaillé pendant 40 ans dans un CHSLD. Elle a posé une question pertinente: où étiez-vous quand on demandait de meilleures conditions de travail? On nous traitait d’enfants gâtés de la société et maintenant...

Cette phrase m’a interpellée.

Où étais-je?

Je ne me souciais pas des problèmes des préposés et préposées aux bénéficiaires (PAB) parce que j’avais les miens. J’étais dans mon monde à travailler pour joindre les deux bouts. À répondre aux dictats de la société sans oublier celle de la publicité. À essayer d’améliorer mon quotidien. À concilier travail-famille. À affronter les aléas du milieu dans lequel j’évoluais. Chaque domaine professionnel présente ses particularités avec ses avantages et désavantages. Je travaillais dans la restauration. Nos pourboires n’étaient pas déclarés, pas d’avantages sociaux, pas de sécurité d’emploi, pas de syndicat. Aujourd’hui les pourboires sont déclarés ce qui permet une bonification de certains avantages comme l’assurance emploi, le Régime des rentes du Québec… Tant mieux.

L’image que j’avais de la situation dans le monde médical était celle-ci: ils ont «une» job protégée, avantages sociaux généreux, syndicat exagérant sur les salaires, etc. Ces préjugés sont restés ancrés dans la mémoire collective jusqu’à ce que la catastrophe arrive. Le milieu médical et nous prenons conscience de l’importance de ce barreau de l’échelle. Le dernier de la hiérarchie, mais le premier sur lequel tu poses le pied pour monter; suivi par les infirmiers et infirmières, les services d’entretien, les postes administratifs, la sécurité… Sans ces groupes de pros, un hôpital ne fonctionnerait pas. Ce sont eux qui permettent au médecin de mettre à son profit ses longues années d’études. Pourtant, tout tourne autour des docteurs. Pourquoi?

Avec cette pandémie, on voit mieux les préoccupations du monde syndical. Toujours sous le prétexte d’aider ses membres, ils les écoutent, pour finir par faire ce qu’ils veulent.

Demander aux PAB de refuser l’augmentation offerte par le gouvernement par respect de la solidarité du milieu est une aberration. Un dénigrement de la profession. Les syndicats n’ont pas besoin d’aide pour entretenir le mépris que la population lui exprime. Ils le font très bien par eux-mêmes.

Maintenant, je suis sensible aux problèmes des CHSLD parce que j’ai un pied en direction de ces centres. Ce qui n’était pas le cas il y a vingt, trente ou quarante ans. Espérant ne jamais avoir à y entrer pour quelque raison que ce soit. Aurais-je toute conscience pour m’y opposer?

J’ose espérer que les leçons qui découleront des faits actuels permettront d’améliorer la qualité des soins dans ces centres de fin de vie en passant par la reconnaissance et la gratitude envers l’ensemble des travailleurs et travailleuses qui composent cette échelle sociale. Ces lieux de vie doivent s’orienter vers des soins adéquats et offrir le respect dû aux ainés qui, à tout moment, entreprendront leur dernier voyage vers un ailleurs. Après, il sera trop tard...

Préposés et préposées aux bénéficiaires, votre réalité s’est enfin fait connaître même si ce n’est pas d’une façon souhaitable.

Vous avez tout mon respect pour les efforts collectifs que vous déployez en ces temps de crise. C’est tout à votre honneur d’affronter ce monstre. Ne lâchez pas.

Tout va bien aller.

Jocelyne Mailhot

Trois-Rivières